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THE FUTUR OF DIGITAL CONTENTS' DISTRIBUTION
  • Sophie Boudet-Dalbin

    Docteur en sciences de l'information et de la communication (SIC) de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, je travaille sur la distribution des contenus numériques.

    Ma recherche doctorale, pluridisciplinaire, est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes pour la distribution des films par Internet, en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs économiques, créateurs, publics internautes et entités nationales.
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    Doctor in Information and Communication Sciences at the University Paris 2 Panthéon-Assas, I focus on digital content distribution.

    My PhD, multidisciplinary, aimes at finding concrete solutions for digital distribution of films, that would outreach stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various economic actors, creators, audience, Internet users and national entities.


  • 4
    03
    2007

    Le P2P au service d'Hollywood

    Depuis lundi, il est possible de télécharger des films en toute légalité sur le site de BitTorrent. La compagnie a finalement réussi à convaincre les studios hollywoodiens de sa bonne foi, moyennant tout de même quelques concessions. L'offre de distribution numérique de films ne semble pas encore prête à s'ajuster à la demande.

    Le site BitTorent.com propose plus de 3.000 films, issus des catalogues de la 20th Century Fox, Paramount, Warner Brothers et MGM, disponibles légalement, moyennant 3,99 dollars pour les nouveautés et 2,99 dollars pour les films plus anciens, comme « Reservoir Dogs ». Une fois le film sur l'ordinateur, il expire sous 30 jours suivant l'achat ou 24 heures après le début du visionnage. Il s'agit d'un service de location. Pas d'achat possible. Les majors en auraient exigé un prix trop élevé pour être attractif.

    L'avantage de BitTorrent réside dans sa rapidité de téléchargement. Cette technologie peer-to-peer (P2P), introduite par M. Cohen en 2001, permet le transfert depuis différents « pairs » pour un même fichier (multisourcing) et le morcellement du fichier en blocs. Le réseau montre toute son efficacité lorsqu'il y a beaucoup d'utilisateurs. Plus il y a de monde qui télécharge, plus il y a de monde qui partage. Dans son dernier communiqué de presse, la société dénombre 135 millions clients existants. Reste à savoir si ces anciens utilisateurs, habitués à se servir de BitTorrent pour obtenir gratuitement des films pirates, seront massivement séduits par cette nouvelle formule payante. Le peu d'utilisateurs du service pourraient alors atténuer l'avantage comparatif de BitTorrent sur ses concurrents.

    Le marché de la distribution de films par Internet commence à prendre forme. Certains sites de vidéo à la demande (VOD), proposent les films à la location et à l'achat (Amazon Unbox, Movielink), avec des formules d'abonnement (MovieFlix, Vongo), avec la possibilité de graver le film sur DVD (CinemaNow). D'autres sites se définissent plutôt comme des magasins en ligne, avec système et terminal de lecture propriétaires (iTunes Store, Xbox Live Marketplace). Des acteurs hybrides (Blockbuster, Netflix) proposent aussi un système d'abonnement, de location et d'achat de DVD en ligne, mais avec distribution postale. Enfin, des portails vidéos offrent du contenu posté par les internautes (à l'image du désormais célèbre YouTube), avec du contenu professionnel à l'achat ou à la location (Google Video). Les modèles économiques varient donc sensiblement. Mais BitTorrent et ses rivaux ont tous en commun un même défi : prouver à l'internaute que louer un film en ligne est plus convivial et moins contraignant que de se déplacer au vidéo club. Ils doivent également rivaliser avec le téléchargement illégal, qui demeure important.

    Mais comment convaincre des internautes habitués à obtenir les films gratuitement, à choisir dans un vaste catalogue, à pouvoir lire les vidéos sur n'importe quel terminal et les échanger avec leur entourage en toute liberté. Selon BitTorrent, 34 pour cent des utilisateurs de leur système seraient prêts à payer pour un service légal garantissant la qualité des fichiers. Cependant, les handicaps demeurent. Les DRM imposées par les studios ne permettent de visionner le film téléchargé que sur un seul ordinateur. Pas de possibilité de transférer le ficher par Internet, vers un autre poste ou même vers un baladeur numérique. Des solutions de distribution sans DRM (à l'image de l'initiative de Warner Music France) seraient à l'étude avec les partenaires. Mais rien n'est encore fait. En outre, la pauvreté du catalogue, l'absence de médiation œuvre-public, le manque de contenu gratuit, laissent à penser que l'offre n'a pas réellement cherché à comprendre la demande.

    BitTorrent arrive tout de même à innover en s'appuyant de manière paradoxale sur le réseau P2P pour proposer une offre payante, tout comme Peer Impact le fait depuis août 2005. Même si des firmes non-affiliées à BitTorrent continuent à proposer des films pirates via des versions et des sites Internet du logiciel open source, l'entreprise californienne entend bien gagner en respectabilité et vendre la technologie à d'autres magasins de films en ligne ou directement aux studios. BitTorrent permet en effet de transmettre des fichiers lourds pour un coût très inférieur à celui des autres systèmes actuellement sur le marché.

    Les studios hollywoodiens, quant à eux, entendent bien remettre les pirates sur le droit chemin de l'offre légale. L'essentiel n'est-il pas de participer ! Reste à voir si le public suivra.

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