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THE FUTUR OF DIGITAL CONTENTS' DISTRIBUTION
  • Sophie Boudet-Dalbin

    Docteur en sciences de l'information et de la communication (SIC) de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, je travaille sur la distribution des contenus numériques.

    Ma recherche doctorale, pluridisciplinaire, est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes pour la distribution des films par Internet, en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs économiques, créateurs, publics internautes et entités nationales.
    ....................................

    Doctor in Information and Communication Sciences at the University Paris 2 Panthéon-Assas, I focus on digital content distribution.

    My PhD, multidisciplinary, aimes at finding concrete solutions for digital distribution of films, that would outreach stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various economic actors, creators, audience, Internet users and national entities.


  • Articles taggés avec ‘Cinéma’

    20
    12
    2012

    Auto-distribution: the future for filmmakers?

    VHX: a sharp vision of digital content distribution, an innovative tool for filmmakers, a new company to follow!!

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    24
    10
    2012

    Rencontres cinématographiques de Dijon : Focus sur les enjeux du marché de la VoD

    Le week end dernier s’est tenue la 22ème édition des Rencontres cinématographiques de L’ARP, pour la 7ème fois à Dijon. L’occasion pour les professionnels et politiques de se retrouver, d’échanger et de définir des objectifs communs pour l’avenir de la filière à l’ère du numérique.

    Les débats organisés ont abordé divers sujets cruciaux : la place de la VoD dans l’écosystème, la légitimité du principe d’exception culturelle, l’accès aux salles des films indépendants, le problème de la concentration des financements et l’adaptation de la copie privée dans le cloud.

    Focus sur le débat « Quelle place pour les plateformes VoD dans l’écosystème du cinéma européen ? » qui a eu lieu vendredi 19 octobre 2012.

    Au programme : la situation des plateformes VoD en France (et plus largement en Europe) face aux opérateurs mondiaux (Apple, Amazon, Google, Netflix), l’évolution des modèles économiques et des avantages comparatifs pour l’offre légale, l’enjeu de l’intégration des nouveaux acteurs dans le financement de la création, le sujet épineux de l’adaptation du système de chronologie des médias.

    Le service à la demande Netflix, invité à participer au débat, aurait répondu selon Florence Gastaud, déléguée générale de L’ARP (qui organisait les rencontres et modérait ce débat) : « Non merci. C’est un peu tôt. Certainement l’année prochaine. » Une réponse en forme d’annonce plutôt claire. Car si l’arrivée en France du géant américain de la VoD par abonnement (S-VoD) se fait attendre depuis bientôt un an, elle semble imminente à en croire ces propos.

    Le marché français doit donc s’organiser et consolider les quelques offres de S-VoD (FilmoTV, VideoFutur, CanalPlay Infinity), malgré une chronologie des médias qui ne permet pas (pour l’instant) de proposer les films en streaming illimité avant 3 ans après leur sortie salles…

    Rodolphe Belmer, Directeur général de Canal+, a débuté le débat en soulignant que la consommation de films en VoD est aujourd’hui « un état de fait » ainsi qu’un phénomène en accélération. Désormais, être présent sur le Web n’est plus une option. Il faut aller là où va l’audience.

    Avec un chiffre d’affaires total de la VoD payante en France (à l’acte et par abonnement) estimé à 219,7 millions d’euros en 2011 (baromètre NPA-GFK), le marché des films à la demande est en pleine croissance (en augmentation de 44,4% par rapport 2010). Il demeure toutefois encore très relatif face au marché du DVD (1,38 milliard d’euros de chiffre d’affaires en janvier 2011) et avec des prix de transactions qui continuent de baisser.

    La situation est donc difficile pour les plateformes VoD françaises. En rajoutant la TVA aux prix fixés par Apple, « on ne gagne pas d’argent » déplore le représentant de Canal+. Sur ce « marché qui croît très vite, soit la rentabilité est très faible, soit on perd de l’argent » confirme Jean-Yves Bloch, Directeur de la plateforme française UniverCiné et de la fédération européenne des plateformes VoD du cinéma indépendant EuroVoD.

    Pour Canal, le plan d’action est très clair.
    3 axes d’action pour le développement de la VoD :

    (1) Adapter l’offre légale :

    Préparer les modèles de la chaîne à cette évolution en renforçant, d’une part, la ligne éditoriale sur le cinéma français ainsi que le sport, et d’autre part, en intégrant les différentes offres gratuites, payantes, à l’acte, par abonnement.

    Il s’agit donc, dans un premier temps, de développer la ligne éditoriale afin de concurrencer l’offre illégale. Un point crucial, comme le souligne José Antonio de Luna, co-fondateur de Filmin, plateforme VoD espagnole.

    Il s’agit également de proposer la palette la plus large de services, et sur tous les terminaux connectés (téléviseurs, tablettes, téléphones, ordinateurs). Dans un univers dématérialisé où tout est à portée de clic, il convient d’utiliser dans la chaîne de valeur quelque chose qui ne puisse pas être reproduit. Il est donc primordial d’être en mesure d’offrir un contenu le plus varié possible sur tous les terminaux connectés et facilement accessible.

    Mais comme le déplore Jean-Yves Bloch d’UniversCiné/EuroVoD : « Aujourd’hui, on n’a fait que remplacer le marché de la vidéo locative. » Et tandis que les exclusivités restent un atout concurrentiel, « les films doivent être sur toutes les plateformes légales afin de lutter contre le P2P » souligne José Antonio de Luna.

    (2) Ajuster la réglementation :

    Le numérique bouleverse les schémas établis. La notion de territorialité s’efface, le phénomène de globalisation s’accentue. Face à un phénomène de distorsion fiscale entre les différents pays européens, et à une situation concurrentielle déséquilibrée avec des acteurs globaux qui ne sont pas soumis aux mêmes obligations de diffusion et de financement, les acteurs de la VoD en France apparaissent pénalisés.

    Pour être concurrentiels, les mêmes règles doivent s’appliquer pour tous les acteurs souligne Rodolphe Belmer. Une position qui sera défendue par l’opérateur auprès de la mission Lescure. Et « si on n’a pas ça au niveau français, on le demandera au niveau européen » prévient le DG de Canal.

    (3) Lutter contre le téléchargement illégal :

    « Trouver un équilibre pour convaincre les autorités de sanctionner, et de plus en plus, le piratage. » Sur ce point, il s’agit pour Canal de développer au maximum l’offre légale afin de pouvoir demander au législateur d’accroître la lutte contre le P2P. Pour contrer l’offre illégal, l’offre légale doit être clairement identifiée et identifiable, rappelle Bruno Delecour, Président de FilmoTV.

    Alors tombe la question présente dans tous les esprits :
    Y a-t-il encore de la place sur le marché de la VoD pour les acteurs européens ?

    « Oui, car il faut de la concurrence » affirme Jérôme Chung, co-fondateur d’Under The Milky Way, société de services dédiée au marketing et à la distribution digitale de films et programmes audiovisuels. Sans minimiser les aspects réglementaires qui doivent être harmonisés en Europe (TVA et chronologie des médias), Jérôme Chung souligne l’aspect commercial qui demeure pénalisant pour les acteurs européens.

    Les stratégies de développement à l’international sont essentielles pour rester compétitif dans un marché composé d’acteurs globaux tels qu’Apple, Netflix, Google ou Amazon ; acteurs qui disposent de ressources financières infiniment plus importantes, d’une image de marque extrêmement forte, et qui sont déjà positionnés sur les marchés des technologies à forte valeur ajoutée tels que le cloud computing, affirme Jérôme Chung.

    Sur ce point, la route est encore longue pour les acteurs européens. Pour voir un acteur français émerger et devenir un acteur puissant, « on a un besoin important d’investissements afin de réaliser assez de marge » lance Rodolphe Belmer.

    Face à des offres d’acteurs globaux qui rencontrent un large succès, les divers services payants de VoD européens peinent à émerger. Nombre de films disponibles ridiculement bas, faiblesse de la promotion des offres et indigence des plateformes, les points noirs ne manquent pas et chacun suffit à conforter un certain manque d’enthousiasme des éditeurs et des consommateurs.

    L’intervention d’Antoine Rein, producteur chez Delante Films, membre du Conseil d’administration du Syndicat des producteurs indépendants (SPI) aura d’ailleurs permis de constater une certaine frilosité des producteurs à confier leurs films aux plateformes VoD (conditions financières, problème de l’exclusivité). Pour les ayants droit du cinéma, la valeur du film est au sein d’un catalogue et si le film est trop exposé dans le cadre d’une offre illimitée, les ventes sur les fenêtres suivantes peuvent être compromises.

    Abordé timidement, le problème crucial de la chronologie des médias est bien sûr resté en suspend. Véritable « dilemme » pour l’industrie du film, comme l’affirme Jérôme Chung d’Under The Milky Way, ce système « protège mais empêche », dans une certaine mesure, le développement du secteur.

    Tandis que Jean-Yves Bloch d’UniversCiné/Eurovod souligne le risque de cannibalisation, Rodolphe Belmer de Canal+ laisse entrevoir une évolution possible : ajuster la fenêtre de VoD par abonnement à la fenêtre de TV en clair, selon le modèle qui prévaut aujourd’hui aux Etats-Unis.

    Une pirouette qui ne règle pas vraiment le problème de l’exclusivité de la fenêtre Canal et des chaînes de TV en clair co-productrices. Cela ferait gagner en France à peine 6 mois pour le déploiement de l’offre S-VoD. Les films seraient alors disponibles dans les catalogues S-VoD 2 ans et demi (au lieu de 3) après leur sortie en salles…

    Pourtant, à l’heure où les utilisateurs préfèrent de plus en plus l’accès à un catalogue illimité plutôt que l’achat unitaire, ce marché représente également un levier extraordinaire de fidélisation, de création d’un parc d’abonnés et de différenciation des plateformes.

    En toile de fond, la question centrale de l’intégration des nouveaux acteurs au financement de la création a bien sûr été effleurée, puis traitée un peu plus en détail lors de la table ronde sur l’exception culturelle. Sur ce point, nous restons un peu sur notre faim. Mais pour parler de ces sujets, les grands absents à ce débat étaient les acteurs de l’électronique grand public et autres grands acteurs américains. Espérons que les prochaines Rencontres de l’ARP sauront se prêter au jeu de la multitude des nouveaux acteurs de la VoD pour ouvrir un dialogue constructif sur l’avenir du cinéma à l’ère du numérique.

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    15
    05
    2012

    Le compte à rebours de la chronologie des médias

    Article publié dans le magazine en ligne d’actualité et d’analyse du monde informatique, PC INpact.

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    2
    12
    2011

    La distribution des films par Internet : enjeux socioculturels, économiques et géopolitiques

    Ma thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication à télécharger ici en version résumée et complète.

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    9
    11
    2011

    La distribution des films par Internet : enjeux socioculturels, économiques et géopolitiques

    Thèse rendue, soutenance prévue courant décembre. L’aventure continue !

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    Résumé :

    A l’heure d’Internet, l’avenir du cinéma est en jeu. Les TIC nous font entrer dans une nouvelle ère dont la caractéristique centrale est le transport instantané de données immatérielles. Les modes de fonctionnement de la société, de l’économie et du droit d’auteur s’en trouvent bouleversés. L’adoption rapide des usages et l’extrême volatilité des modèles appellent à un ajustement des stratégies pour concilier développement technologique et juste rémunération des ayants droit. Avec la disparition de la notion de territorialité et la remise en cause du concept de propriété, l’Etat tente d’ajuster les diverses législations en vigueur et se lance dans une course de vitesse contre le numérique. L’industrie sort, quant à elle, progressivement d’une position défensive et s’efforce de développer des offres et services innovants. Mais la remise en cause de la chronologie des médias et l’arrivée d’une multitude d’acteurs qui ne participent pas au financement de la création, requièrent des solutions novatrices et de nature supranationale. S’il est important de faire évoluer les cadres juridiques et réglementaires pour soutenir et favoriser la distribution des films à la demande, il est également urgent de concevoir collectivement la manière dont les nouvelles pratiques de la génération connectée peuvent contribuer à un soutien équilibré de la production, condition fondamentale pour la pérennité du cinéma. Cette recherche pluridisciplinaire est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs : industries, créateurs, publics, gouvernements.

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    8
    11
    2011

    Film Distribution Through The Internet: Sociocultural, Economic and Geopolitical Stakes

    PhD’s finished, defense due in December. To be continued!

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    Abstract:

    With the growth of the Internet, the future of cinema is at stake. ICT ushers in a new era whose main characteristic is the instant transportation of data. The way society, the economy and copyrights work is undergoing dramatic shifts. New uses of technology are swiftly embraced and the volatility of models demands an adjustment of strategies so that technological development does not clash the right of owners’ fair payment. Territoriality is disappearing as a notion and property is being questioned as a concept. The State tries to adjust the different legislations in force and engages in a race against digital technologies. As for the industry itself, it is progressively forsaking its defensive stance and is striving to develop innovative offers and services. But the sequencing and the emergence of numerous new actors who do not participate in the financing of creation, call for modern and supranational solutions. While legal and regulatory frameworks need to evolve in order to sustain and encourage the distribution of on demand films, it is also urgent to collectively conceive a way for the digital natives’ new practices to contribute to a balanced support to production, which represents a fundamental condition to ensure the continued existence of cinema. This multidisciplinary research aims at finding actual solutions that will be able to overcome stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various actors: industries, creators, audiences, governments.

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    12
    10
    2011

    « La S-VoD sera la seule manière de faire décoller la VoD légale »

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    Interview de Richard Huin, président & fondateur, imineo

    11/10/11


    • Concernant l’offre de films d’imineo

    - SBD : Dans la multitude des offres disponibles, comment celle d’imineo se distingue-t-elle ?

    RH : Aujourd’hui, en cinéma, tout le monde propose à peu près la même chose. La différence est faite sur les studios américains qui eux sont très durs à obtenir puisqu’ils demandent des MG très élevés par rapport à la réalité du marché sur Internet. Nous n’avons pas eu d’investissement, donc nous ne pouvions pas accéder à ces catalogues. Au niveau de l’offre de cinéma, nous avons donc une offre moins bonne puisque nous n’avons pas les majors américaines mais par contre nous intégrons tout ce qui est du direct to video. Nous allons chercher les petits producteurs qui nous donnent des DVD qui ne figurent absolument pas sur les autres grosses plateformes. Nous avons donc plutôt vocation à faire du Amazon. Nous distribuons le maximum pour nos clients. Nous avons commencé avec le fitness parce que le cinéma ne nous faisait pas confiance durant des années. Ils nous ont enfin parlé quand au bout d’un moment nous faisions partie du paysage.
    L’IPTV représente entre 20 et 25 % de notre chiffre d’affaires. Nous réalisons 80 % sur le net. Nous sommes la seule plateforme dans cette situation parce que nous sommes des spécialistes du référencement naturel et des sites d’une manière générale. Nous avons également une veille technologique très forte sur les news groups. Nous savons ce qui se vend, ce qui se télécharge. En ce moment, il y a beaucoup de bandes dessinées qui sont téléchargées au format PDF. Cela nous donne l’idée de mettre des bandes dessinées sur imineo par exemple. Nous ne regardons pas du tout comment fonctionne le monde du cinéma mais plutôt la demande du public sur Internet mais nous devons nous adapter à des règles bien établies.

    - SBD : Comment considérez-vous le film de long métrage au sein de votre offre de contenu ?

    RH : Le long métrage ne représente que 25 % de notre chiffre d’affaires. Par contre, cela attire les journalistes. En fait, c’est la chose que tout le monde regarde, alors que l’essentiel du chiffre d’affaires n’est pas du tout fait à cet endroit-là. Tout simplement parce que sur ces produits nous ne vendons essentiellement que de la location entre un à quatre euros, alors qu’une vidéo de fitness est vendue à quinze euros au format ISO sans DRM. Pour les films, c’est impossible de proposer une offre sans DRM, même pour ceux qui sont supposés être libres de droit d’auteur. Aujourd’hui, avec les DRM on punit celui qui achète légalement, ce qui favorise l’offre illégale. D’autant qu’il est beaucoup plus facile de convertir quelqu’un vers une offre légale, que de convertir un pirate vers le légal puisqu’il a déjà fait le pas. Le marché du cinéma n’est pas du tout ouvert à l’idée d’enlever les DRM. Il est encore très protégé, clairement aux dépends de la VoD. On nous impose par exemple des reversements de soixante à soixante-dix pour cent pour les nouveautés. Il nous reste alors extrêmement peu de marge. Nous ne nous concentrons donc pas sur ce segment pour le moment, mais ça changera quand nous aurons plus de moyens.

    - SBD : Des acteurs comme Netflix ou Amazon, révèlent un intérêt grandissant des consommateurs de films en ligne pour la S-VoD. Pensez-vous prochainement développer une offre par abonnement ? Quels sont selon vous les obstacles en France ?

    RH : Il est très difficile de faire une S-VoD de qualité sur le cinéma alors que pour tous les autres titres (documentaire, fitness) nous pouvons proposer des formules d’abonnement. Cela casse notre modèle économique. Nous savons que la S-VoD sera la seule manière de faire décoller la VoD légale. Mais pour l’instant, c’est complètement verrouillé, certainement par les salles de cinéma mais aussi par la chaîne Canal Plus qui voit cela arriver d’un très mauvais œil puisqu’ils vendent leur abonnement à trente-cinq euros.

    - SBD : Quel est le positionnement d’imineo face aux stratégies de partenariats multiplateformes et de TV connectée ?

    RH : Notre stratégie est évidemment de diffuser sur tous les écrans. C’est la bonne stratégie pour tout le monde. Nous développons aujourd’hui des solutions pour être disponibles sur les tablettes et les téléphones portables. Nous sommes rentrés chez Free, mais avec seulement une partie de notre catalogue. Pour les autres FAI, c’est très dur…


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    RH : En tant qu’exploitant de plateforme, nous n’avons rien vu. Nous avons été labellisés. Pour moi, ce n’est pas comme ça qu’il fallait faire les choses. Les gens ne prêtent aucune attention aux labellisations. Ce qu’il faut, c’est être distribué partout et à un prix raisonnable.J’ai trouvé le rapport Hubac très intelligent, notamment sur le fait que chaque plateforme pourrait avoir un accès aux IPTV puisque cela représente 92 % du marché. Le téléchargement illégal a certainement un impact fort sur les ventes, nous voyons bien que la perte de chiffre d’affaires sur les ventes DVD n’a pas été compensée par la VoD. La chronologie des médias n’aide pas non plus. Avec Internet, on peut tout avoir tout de suite, il va falloir que les studios s’adaptent un jour ou l’autre.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI ?

    RH : C’est un bon début, l’idée est bonne. Mais ce n’est pas comme cela qu’il faut faire. J’avais proposé à HADOPI de les aider pour bloquer les pirates. Il suffit d’interdire certains serveurs au niveau des FAI. Mais ce n’est pas possible. Pourtant, on sait le faire avec d’autres sites… Je peux comprendre que les sites pirates conviennent aux étudiants qui n’ont pas d’argent. Mais ensuite, on doit quand même faire payer, c’est obligatoire, sinon il n’y aura plus de production, ou du moins autre que les super-productions américaines.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    RH : Non pas du tout. Celui qui paie est pénalisé. Il n’a pas la nouveauté. Il faudrait mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. Nous nous considérons comme une salle de cinéma et pour l’internaute c’est pareil. On pourrait imaginer qu’une nouveauté en VoD puisse être vendue trente euros, ce qui se justifie puisque l’on peut être plusieurs derrière son écran pour regarder le dernier film qui sort. On n’est pas obligé de faire payer le film dix euros comme une entrée en salles. On pourrait le vendre plus cher et ça marcherait, c’est certain, les gens sont prêts à payer pour cela. Les gens n’ont pas envie d’attendre quatre mois pour une nouveauté, alors qu’elle est déjà diffusée partout sur les réseaux. La VoD est en bout de chaîne d’exploitation d’un titre alors que la technologie Internet permet d’être en temps réel… La chronologie des médias certes protège les acteurs traditionnels de la distribution vidéo mais est très mauvaise pour les plateformes de VoD. Cela changera, j’en suis certain.

    - SBD : Que pensez-vous d’un système de répartition de la valeur de type licence globale ?

    RH : Mon cœur est pour la licence globale. Ce serait une bonne chose pour la diffusion des contenus. Et finalement, pour l’industrie, ce serait peut-être la meilleure chose. Mais en tant qu’entrepreneur, ce n’est pas bon pour moi. La licence globale est malgré tout, pour le consommateur, la meilleure des solutions.


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Quelle est votre analyse des tendances des consommateurs de films en ligne ?

    RH : Pendant des années, nous avions des retours extrêmement négatifs sur les DRM puisqu’un ordinateur est configuré de façon exotique : chacun à son anti virus, son firewall, et ça bloque les téléchargements de licences. De plus, ce système de protection des films n’est compatible que sur PC ou non sur Mac ou Linux. Maintenant que nous avons mis en place le streaming, c’est plus compatible pour tout le monde (Mac, Linux et PC) donc il y a moins de retour, mais évidemment ceux qui veulent télécharger les fichiers ne sont toujours pas satisfaits. Il s’agit de problèmes techniques que nous ne pouvons pas éviter. Par ailleurs, comme il n’y a pas de baisse significative des prix, les clients ne sont pas encore satisfaits au niveau du tarif alors que le film est déjà sorti depuis longtemps. Donc je dirais que la VoD, ce n’est pas encore sexy. Mais il faut attendre que les choses se développent. Il va falloir faire une offre complète, pas chère et souple, c’est évident ! Pour le moment, ce n’est pas le cas.

    - SBD : Dans quelle mesure l’offre d’imineo prend-elle en compte les médias sociaux ? Quelle est votre stratégie en terme de VoD sociale ?

    RH : Ce sont des outils puissants. Le réseau social va être un très bon prescripteur pour consommer des titres, c’est certain. Mais il faut que ce soit dans un abonnement.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films ?

    RH : En premier, une connexion Internet qui soit encore plus rapide. C’est la base. Cela va permettre la diffusion en HD jusque dans les tout petits villages. Aujourd’hui, beaucoup de nos clients ont des problèmes de connexion. Il suffit qu’un routeur soit en panne ou marche mal parce qu’il a été installé il y a trente ans, et l’accès à notre site est difficile.
    Évidemment, des prix attractifs, soit à l’acte beaucoup plus bas, soit en S-VoD. Pour moi, l’abonnement est le plus important. La S-VoD est le meilleur moyen pour faire descendre les prix puisqu’il n’y a plus de prix. Les plateformes uniquement en ligne comme nous sont extrêmement dépendantes de Google. Quand Google change son algorithme, nous le payons cher. La S-VoD permet d’atténuer ce phénomène de dépendance, de fidéliser les clients et de contrer la chute des prix dans le commerce physique.

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    7
    09
    2011

    « Ce qui crée l’usage, ce n’est pas que l’offre, mais aussi la facilité, l’accès »

    logo_color

    Interview de Sophie Voisin, directrice des opérations & Bruno Atlan, directeur marketing et développement international, UniversCiné

    25/08/11


    • Concernant l’offre de films d’UniversCiné

    - SBD : Dans la multitude des offres disponibles, comment celle d’UniversCiné se distingue-t-elle ?

    SV & BA : Notre ligne éditoriale fait que nous avons un positionnement différent des plateformes généralistes comme CanalPlay ou VideoFutur. Nous sommes vraiment sur le cinéma d’auteur français, européen et international, pratiquement exclusivement en VOST. Cela ne veut pas dire que nous soyons dans un ghetto du film d’auteur. Au contraire, nous sommes très ouverts. Nous sommes là pour faire découvrir du cinéma « intelligent » à un large public. Donc, il y a plus de VO, pas les mêmes films et nous éditorialisons fortement.
    Nous pourrions nous comparer à FilmoTV pour l’approche présentation. Mais, nous allons tourner des bonus vidéo, rédiger des articles avec une équipe éditoriale. FilmoTV est plus dans la critique cinéma. UniversCiné est plus dans l’interview de réalisateurs, des formats un peu plus longs. Le fait de pouvoir rencontrer ceux qui font le cinéma était un des leitmotivs de l’équipe. Donc l’équipe éditoriale se déplace, profite des tournages, va sur les festivals, y compris européens, et ramène des interviews qui sont montées. Nous n’utilisons pas de base documentaire existante, nous la créons de toute pièce. Sur pratiquement 1 600 films, les synopsis, les pitchs, les articles, en dehors des citations presse, tout est produit en interne.

    - SBD : Comment considérez-vous le film de long métrage au sein de votre offre de contenu ?

    SV & BA : Nous n’offrons quasiment exclusivement que du long métrage. Nous avons quelques courts qui sont là souvent parce que nous avons le long d’un même réalisateur et que nous voulons montrer son œuvre complète. Nous avons beaucoup été sollicités pour rentrer des courts mais avons choisi de nous concentrer sur le long métrage parce que nous ne pouvons pas tout faire et que c’est là que se trouve le potentiel commercial. Après, cela nous arrive de faire d’autres choses, comme par exemple avec le Cinéma du réel. Là, il s’agit de cinéma documentaire de création, avec des formats un peu atypiques. Cela vient enrichir notre offre de manière événementielle. Mais sinon, nous sommes vraiment cent pour cent cinéma.

    - SBD : Des acteurs comme Netflix ou Amazon, révèlent un intérêt grandissant des consommateurs de films en ligne pour la S-VoD. Pensez-vous prochainement développer une offre par abonnement ? Quels sont selon vous les obstacles en France ?

    SV & BA : Nous sommes en plein dedans. Historiquement, nous représentons un collectif de producteurs et distributeurs qui ne voulait pas que le marché de la VoD aille trop vite vers la formule d’abonnement. Nous pensions qu’il y avait de la destruction de valeur dans un marché qui n’était pas mûr. L’histoire nous a donné raison jusque là puisque le marché s’est quand même développé de manière soutenue, à l’acte. Il y a un vrai marché qui s’est développé en IPTV, en France, sur la VoD à l’acte. Aujourd’hui, la croissance du marché en T-VoD se ralentit un peu. Effectivement, même dans un pays où la chronologie des médias est à 36 mois pour la S-VoD, il y a des offres qui sont en cours de développement, qui arrivent de l’étranger ou de la France. Nous n’y sommes pas opposés et allons participer sans aucun doute à ce mouvement, tout en gardant cette logique de maximisation de la valeur du marché. Nous pensons qu’il faut aussi respecter la valeur de la salle et de la consommation à l’acte. Il faut continuer à avoir des offres à l’acte parce qu’il y a des gens qui ne veulent pas s’abonner. Il s’agit de voir comment articuler intelligemment les offres de VoD par abonnement et à l’acte. En France, il y a des acteurs suffisamment bien installés sur la VoD à l’acte pour ne pas avoir, dans deux ans, un Netflix avec 80 % du marché de l’abonnement.
    Nous avons décidé d’être plus royalistes que la chronologie des médias et de mettre des œuvres plus « anciennes » que les trois ans, puisqu’il y a encore de la valeur à l’acte sur des films qui ont 3-4 ans, d’autant plus sur notre secteur. Nous allons chercher les inédits, les perles rares, des films qui n’ont pas forcément été vus ou de niche. Nous avons aussi toujours été assez hauts dans les prix pratiqués. Lorsque tout le monde est venu à 4,99€ sur la VoD, nous oscillions entre 3,99€ et 4,99€, pour nous ajuster à iTunes. Mais dès le départ, nous nous sommes positionnés sur la fourchette haute, sans trop de regrets.
    Le problème principal de la S-VoD aujourd’hui est que cela vient directement en concurrence avec des offres télévisuelles payantes ou gratuites, de type Ciné Cinéma, avec des droits assez proches. La valeur qu’offrent les chaînes de TV est encore supérieure à celle qu’offre la S-VoD. Après, les chaînes de TV n’ont pas vocation à passer tous les films. Donc, il y a une question de concurrence entre ces deux médias et de gestion des fenêtres.
    Sur la T-VoD, notre marge est de l’ordre de 10-15 %. Sur la S-VoD, c’est encore difficile de dire comment va se répartir la valeur. Nous en sommes encore aux balbutiements. Les modèles vont évoluer à mesure que le marché va mûrir. Nous allons peut-être prendre plus de risques en préfinancement, en achat de films avant leur sortie. Nous allons rémunérer ce risque d’une manière ou d’une autre. La VoD génère quand même pas mal de ressources par rapport à l’investissement en production qui est fait tous les ans en France. La vocation d’UniversCiné était de créer une structure qui ait les moyens de mettre Internet au service du préfinancement de la production, avec prise de risque dans la production. Cela devient aujourd’hui possible. Sur le DVD, beaucoup d’intermédiaires se sont mis dans la chaîne et souvent, cela n’a bénéficié qu’à de très gros films, cela n’a pas forcément favorisé la diversité. La vocation d’UniversCiné est justement d’arriver à faire bénéficier tout le monde de productions assez variées et diverses, des revenus Internet.
    Nous ne croyons pas au gratuit financé par la publicité. C’est un peu l’illusion d’Internet. On ne s’y retrouve jamais. On ne peut pas préfinancer un film avec des modèles publicitaires. Seule la concentration de grands acteurs de la télévision peut permettre de préfinancer des films avec ce modèle. Sur Internet, l’éclatement des acteurs et le volume publicitaire ne sont pas très crédibles pour l’instant.

    - SBD : L’offre UniversCiné est désormais disponible en Belgique. Envisagez-vous d’autres partenariats ?

    SV & BA : Nous sommes fortement soutenus par MEDIA pour construire le réseau EuroVod et continuer à l’étendre. Tout d’abord, pour l’échange de droits croisés. Un producteur allemand va être plus facilement en mesure de nous trouver des droits sur un film allemand pour tous les pays d’EuroVod, et inversement. L’idée est de faciliter la circulation des œuvres grâce à ce réseau. Il s’agit aussi d’échanger les bonnes pratiques, de soutenir le développement de la VoD sur le cinéma indépendant, de mutualiser nos expériences du marché, etc. Notre objectifs serait de mutualiser le plus possible nos moyens techniques entre ces différentes plateformes pour devenir plus compétitif et résister à des acteurs plus généralistes, qui appartiennent à de grands groupes. Ce n’est pas toujours simple. Il y a des barrières culturelles, linguistiques. Mais nous y travaillons en tous cas.
    Il n’y a pas une volonté de porter UniversCiné. UniversCiné Belgium a décidé de garder la marque. Mais, par exemple, nous développons une plateforme en Pologne pour le compte des Polonais. Nous avons de l’avance. Nous avons été précurseur. Donc nous semons un peu le modèle et aidons techniquement et opérationnellement nos partenaires européens. Nous leur faisons gagner du temps sur la technique, sur l’expérience que nous avons. Nous sommes donc en train de développer des technos pour la Pologne, une nouvelle initiative avec les Césars polonais. En Suisse, ça s’appelle UniversCiné Swizerland. Mais en Irlande, ça s’appelle Volta. Volta étant la première salle de cinéma en Irlande, ils ont voulu faire allusion au symbole. Nous ne partons pas sur un modèle « supranational », avec une plateforme en anglais pour tout le monde afin de vendre le cinéma indépendant. Il s’agit de films qui ne sont pas parmi les plus faciles d’accès. Nous faisons donc un travail éditorial pour les pousser. Nous devons être présents dans la langue du pays, proches du public, de la vie culturelle. Il y a une stratégie marketing dans chaque pays. Donc, ce n’est pas forcément la même marque. En outre, l’éditorialisation, la mise en avant de l’offre n’est pas du tout la même sur un même film en Belgique qu’en France par exemple. Ce n’est pas une question de langue mais plutôt de culture. On pénètre mieux son marché quand on est proche de son public. Après, nous travaillons aussi sur des approches communes, des passerelles.

    - SBD : Quel est le positionnement d’UniversCiné face aux stratégies de partenariats multiplateformes et de TV connectée ?

    SV & BA : Nous avons vocation à distribuer le label UniversCiné sur tous les canaux pour trouver notre public, que se soit auprès de tiers opérateurs en IPTV ou câble, ou sur le Web. Là, c’est un peu différent car nous souhaitions concentrer l’audience sur notre site. Nous avons donc des partenariats historiques avec Virgin Mega et Arte VOD sur une toute petite partie du catalogue. Après, nous avons la stratégie d’aller sur les nouveaux devices. Pour les TV connectées, nous sommes un des premiers services à avoir été lancé sur LG, depuis fin juin. Le portage sur tablette Android est prévu d’ici la fin de l’année. Une petite partie de notre catalogue est sur iTunes. Ce qui ne nous empêchera pas d’étudier la possibilité de porter notre service sur iPad et iPhone, avec une appli pour 2012, sachant que leur stratégie est d’enfermer les éditeurs dans iTunes et les empêcher d’aller développer les appli.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    SV & BA : Nous sommes persuadé que le téléchargement a un impact très négatif sur les ventes. C’est illusoire de croire le contraire. C’est vraiment de l’hypocrisie. Cela nous porte préjudice de manière sérieuse. Le site Internet représente 5 % de notre volume d’affaires, clairement parce qu’il y a cette culture du piratage et du tout gratuit sur le Web. On peine clairement à développer l’offre. Quelques études montraient que, sur une période donnée, en prenant un échantillon de notre offre, on avait presque les mêmes ratios entre les volumes piratés et nos ventes. Les gens cherchent la même chose en gratuit ou en payant. S’ils le trouvent en gratuit, ils ne vont pas payer.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI ?

    SV & BA : Il n’y a clairement aucune volonté politique. C’est une coquille vide. Il y aurait vraiment les moyens de suspendre, de fermer les sites. Les lois n’ont pas besoin d’être liberticides pour fermer les plateformes de téléchargement illégal. Nous avons l’impression que l’on a mis en place une réponse pour aller prévenir les téléchargeurs qu’ils n’ont pas le droit de faire du P2P, alors qu’il y a des offres de streaming qui pullulent. On ferait mieux d’avoir une unité super efficace qui serait là pour fermer ces sites. Ce n’est pas forcément une bataille perdue d’avance. Cela aurait pour sûr un impact sur le marché de la VoD.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    SV & BA : Aujourd’hui, nous avons plutôt tendance à défendre la chronologie des médias telle qu’elle est. Le passage de la VoD à 4 mois a eu un effet bénéfique sur les ventes en VoD. Sur les DVD, cela a permis de maintenir et d’enrailler la chute. Les 2 mois supplémentaires servaient beaucoup au piratage. Et cela n’a pas handicapé la salle pour autant. Après, que la S-VoD soit à 36 mois, cela nous semble plutôt raisonnable pour l’instant. Nous avons tendance à défendre ce modèle, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Les fermetures de fenêtres pour les TV payantes sont légitimes, dans la mesure où il y a préfinancement ou achat. Certes, les fenêtres exclusives sont peut être un peu longues par rapport aux périodes de diffusion, ce qui rend le film indisponible pendant une longue période. Il faut voir comment cela va s’organiser à terme. C’est vrai que le public ne comprend pas toujours pourquoi le film disparaît des offres de VoD à l’acte pendant près de deux ans. Ce n’est pas logique pour le grand public. Après, cela ne concerne pas la VoD en vente définitive, qui se développe, notamment sur l’IPTV. Free a commencé avec Disney et d’autres vont suivre.

    - SBD : Que pensez-vous d’un système de répartition de la valeur de type licence globale ?

    SV & BA : Nous défendons le rôle de l’éditeur, de la recommandation, de la prescription. Nous voyons mal comment ce travail pourrait être rémunéré ou identifié dans un modèle complètement ouvert où tout le monde échange ce qu’il veut, et où on finit par rémunérer je ne sais pas comment, je ne sais pas qui. Tout le travail d’édition que les acteurs de la VoD ont mis en place serait complètement balayé par un système de licence globale. Et, comment mesure-t-on ce qui est réellement consommé ? Comment remonte-t-on aux ayants droit ? Nous trouvons cela très déstructurant pour le marché. Cela ne nous semble pas très réaliste, d’autant que le marché s’est déjà structuré, avec cette année entre 150 et 200 millions d’euros sur la VoD à l’acte. Mais peut-être qu’il y a des systèmes intelligents qui vont être trouvés et que l’on ne connaît pas encore, ce dont nous doutons.


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Quelle est votre analyse des tendances des consommateurs de films en ligne ?

    SV & BA : On se rend compte que le consommateur de VoD n’est pas le jeune 15-25, comme on pouvait le croire au départ, avec les usages technologiques. Le jeune de 15-25 pirate beaucoup plus qu’il n’achète. Après, ce sont des questions de pouvoir d’achat. Mais nous sommes plus sur les 25-59, qui ont déjà un certain pouvoir d’achat et ne vont pas s’embêter à pirater. L’évolution des usages touche un public de plus en plus large. Cela semble de moins en moins compliqué, notamment sur une box.

    - SBD : Dans quelle mesure l’offre d’UniversCiné prend-elle en compte les médias sociaux ? Quelle est votre stratégie en terme de VoD sociale ?

    SV & BA : Nous avons une communauté implicite sur notre site mais qui n’est pas encore très active puisque nous ne lui avons pas donné les outils pour s’exprimer. Nous avons commencé à mettre les premiers modules, tels que Facebook Connect. Nous réfléchissons également à faire de la VoD directement sur Facebook, puisque l’on voit que les studios américains s’y mettent. Les réseaux sociaux et la recommandation au sens large jouent effectivement un rôle et peuvent faire émerger des films. Sur nos types de films, qui ont été peu marketés, sont peu connus, le communautaire joue un rôle. Nous y sommes très attentifs et essayons de nous interfacer avec les réseaux sociaux existants. Mais nous n’avons pas l’ambition de recréer un réseau social, comme Mubi. Nous sommes partis de l’offre, l’avons étendue, et maintenant que les usages sont installés, avec une distribution multicanaux, nous allons nous interfacer avec les réseaux sociaux existants. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir de petites fonctionnalités communautaires de base (l’annotation, le commentaire).


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films

    SV & BA : La qualité et la profondeur de l’offre ; sa structuration, son éditorialisation. C’est ce qui a fait que le marché de la VoD a décollé. Après, il y a évidemment l’accessibilité sur tous les devices. On se rend compte que ce qui crée l’usage, ce n’est pas que l’offre, mais aussi la facilité, l’accès. Et, la continuité de service.

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    29
    08
    2011

    « Un portail public commence à devenir essentiel »

    branco

    Interview de Juan Branco, Pour le Cinéma, fondateur

    17/08/11


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    JB : Déjà, concernant les études démontrant l’impact négatif des téléchargements, je n’en connais pas beaucoup qui soient véritablement indépendantes, c’est-à-dire universitaires et qui aient une véritable rigueur scientifique. Il y a beaucoup d’effets de logique, de systématisation. Mais sur les faits, on demande à voir.
    Après, spécifiquement sur le cinéma, justement ce que j’essaie d’expliquer dans mon livre, Réponses à HADOPI paru aux éditions Capricci en mai 2011, c’est que l’on a fonctionné sur une logique d’assimilation par rapport au milieu de la musique. On a vu ou cru voir ce qu’il s’était passé sur la musique au tournant des années 2000, avec l’effondrement des ventes de CD, de singles, etc., et on s’est dit que le phénomène allait forcément se reproduire exactement de la même façon sur le cinéma. On voit bien que 2006-2009 sont des années record en terme de fréquentation de salles en France, avec un dépassement de la barre des 200 millions de personnes qui fréquentaient les salles. On voit que la vente de DVD, même si elle souffre un peu en terme de valeur, continue à bien se porter en volume. Il y a des stratégies de diversification et de valorisation de catalogue qui ont permis de limiter les dégâts. Et évidemment, les TV, que ce soit publiques ou les préfinancements Canal ou autres, ne sont pas touchées pour l’instant. Donc en France en tous cas, il n’y a évidemment aucun impact démontré, au contraire, le cinéma se porte financièrement mieux que jamais.
    La question est de savoir si, sur le moyen ou long terme, le piratage et le partage ne remettent pas en cause le fonctionnement du cinéma français et le financement de l’exception culturelle française. Théoriquement, on peut envisager que si le partage se généralise complètement et finit par devenir la norme, par voie de fait ou parce qu’il a été légalisé, cela ne remette en cause les fondamentaux du système de préfinancement du cinéma français, que Canal Plus ne veuille plus préfinancer les œuvres, TF1 pareil, etc. C’est une objection qui peut être envisagée.
    De l’autre côté, on essaie de voir quelles sont les alternatives. L’alternative est HADOPI, sa logique répressive. On va essayer de bloquer le piratage, de le réduire à néant pour empêcher que ce phénomène n’arrive. On a essayé la méthode DADVSI avec des sanctions extrêmement violentes. On a maintenant essayé la méthode pédagogique avec HADOPI. Dans les deux cas, aucun effet démontré sur le piratage. Au contraire, il y a des effets de translation. Donc, on est dans une aporie par rapport à cette perspective de blocage. On voit bien que cela ne marche pas et on n’a pas d’idée alternative en tête.
    Quoi qu’il arrive, on ne voit pas comment le système actuel ne serait pas remis en cause par le piratage. L’idée n’est pas d’être fataliste. Mais, face à ce phénomène, il s’agit de prendre la moins mauvaise solution d’une part, et de l’autre côté de réfléchir à une refondation de ce système pour permettre que l’exception culturelle française survive d’une façon ou d’une autre.
    Cette remise en cause est aussi une opportunité parce que le système, tel qu’il a été conçu dans les années quatre-vingt, est en train de s’essouffler complètement. Le préfinancement des œuvres par les TV en clair et les systèmes de coproduction qui sont mis en place, ont amené à un formatage progressif de plus en plus important et à une inflation du nombre des œuvres produites, mais qui ne se traduit pas qualitativement. Et ce système, qui avait ses défauts, était compensé par un engagement de Canal pour un financement d’œuvres diverses, qui s’est complètement effondré au moment de son achat par Vivendi à la fin des années 2000. Donc ça fait quand même dix ans que l’on est dans une crise du système, où le producteur indépendant trouve de moins en moins de financements, où des œuvres atypiques et originales réussissent de moins en moins à passer le filtre de la TV, et où le cinéma est devenu dépendant de la TV, alors que celle-ci était sensée permettre au cinéma de garder son indépendance. Donc pourquoi pas remettre en cause ce système !

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI et ses volets répressif et incitatif ?

    JB : Les rares études qui ont été publiées jusqu’ici font état d’un effet nul. Même le sondage que la HADOPI avait publié en vantant la réussite du système a été décryptée par PC INpact qui montrait que finalement la baisse du partage des œuvres sur Internet concernait 3-4 % des utilisateurs. Il y a un effet de translation, on change les usages. C’est pour cela que le direct download, qui est assez peu développé dans le reste du monde, en France a connu une explosion. Cette différence montre que le phénomène s’est joué principalement là-dessus.
    Au-delà du fait que la HADOPI courra toujours derrière des moyens technologiques nouveaux qui seront mis en place, avec un problème fondamental d’adaptation de la loi aux questions technologiques, un problème éthique se pose. On est en train de passer d’un système qui globalement, même s’il ne faut pas angéliser, permettait le partage sans but lucratif entre des personnes sur un système complètement décentralisé, à un système où quelques plateformes gagnent énormément d’argent par la publicité en proposant des films. Finalement, HADOPI ne fait qu’accroître ce problème.
    Sur la question de la VoD, le syndicat des éditeurs numériques prévoyait que la HADOPI permettrait de faire exploser de 70 % le marché de la VoD. Aujourd’hui, avec 170 millions d’euros de chiffre d’affaires, on est sur une hausse assez faible. Surtout, il ne s’agit pas de 170 millions d’euros de bénéfices. On sait que la marge est de plus en plus faible parce que les modèles de commercialisation n’existent pas encore. On ne sait même pas si ce n’est pas vendu à perte. J’ai eu un débat à la Femis avec un des directeurs généraux de Studio Canal qui expliquait que CanalPlay n’y arrivait pas et qu’ils étaient désespérés de l’absence d’effet HADOPI. Pour eux, ils étaient au bout de la logique : ils avaient ouvert considérablement le catalogue, mis en place tous les dispositifs répressifs qui pouvaient être imaginés, baissé les prix au minimum de ce que pouvait être une viabilité économique pour la plateforme, et pourtant ils n’y arrivaient pas.
    Donc la HADOPI n’aide pas ou peu les offres légales, ne permet pas de diminuer le téléchargement, tandis que les effets restent stables sur les salles et les ventes de DVD.

    - SBD : La chronologie des médias est-elle adaptée ?

    JB : C’est un semi accord qui ne satisfait personne et finalement ne change pas grand chose. Cela montre bien que l’on est au bout de la logique et qu’il faut vraiment repenser globalement le système. Les petits arrangements interprofessionnels ne suffisent plus et ne contentent plus personne, quelle que soit la position idéologique par rapport à ces questions.
    Si l’on reste dans le cadre actuel, la chronologie des médias va être de plus en plus contestée, Canal va finir par dire qu’il arrête de financer et le système va s’effondrer de lui-même.

    - SBD : Pouvez-vous m’expliquer votre position concernant le modèle de la licence globale ?

    JB : Je ne sais pas quelle autre alternative il peut y avoir aujourd’hui, autre que la licence globale. On a souvent reproché à la licence globale d’être un paradigme ultralibéral qui régulariserait tout et qui nuirait à l’exception culturelle française. Ce n’est pas du tout le but bien évidemment, au contraire il s’agit d’en faire un outil qui permette de renforcer cette exception culturelle française.
    La réflexion sur la chronologie des médias est essentielle. On est bien conscient du risque de faire perdre les 800 millions d’euros de Canal et des conséquences sur le cinéma français.
    Il n’y aurait pas d’impact a priori sur la salle, il s’agit d’usages complètement différents. Sur le DVD, il y aura sûrement un effet qui s’accroîtra. En même temps, on est déjà dans une perspective de disparition du marché du DVD, quelque soit la solution choisie à moyen terme. Et, la licence globale n’affecterait que de façon marginale le Blu-ray d’ici les 5 prochaines années, parce que l’on est sur des usages qualitatifs très différents. En tous cas, ça réduira la distribution DVD à un marché de niche et très spécialisé. Et la licence globale aura bien sûr pour effet de tuer complètement la VoD. Cependant, quand on voit les difficultés, voire l’aporie, dans laquelle est la VoD aujourd’hui, on ne sait pas encore si le marché atteindra un jour une quelconque rentabilité. En même temps, est-ce que l’on souhaite la VoD, avec une concentration sur les blockbusters, qui apporte beaucoup de revenus aux majors et assèche complément les producteurs indépendants ? C’est un risque pour la diversité culturelle. Les plateformes VoD sont faites pour mettre en valeur les produits qui sont les plus vendables, c’est le propre de toute initiative privée. Un grand portail d’initiative publique pourrait inciter différemment à la consommation, sans aucune obligation de rentabilité, pouvant privilégier les œuvres de patrimoine.
    Donc, l’effet se concentre sur les utilisations secondaires, puis après, sur le préfinancement des télévisions. C’est pour cela qu’au contraire de certaines personnes comme Philippe Aigrain, je pense que la licence globale va être une taxe compensatoire, car il y a vraiment un effet à compenser. Donc, deux solutions ; soit on fait table rase, on prend acte du fait que les préfinancements par les TV représentaient une solution intermédiaire bancale, vouée à disparaître, et on supprime la chronologie des médias (je ne suis pas très favorable à cette solution) ; soit on la conserve. Avec un taux assez bas, de 5-6 euros pour musique et cinéma, qui est la proposition de Philippe Aigrain, et qui permettrait d’apporter à peu près 400 millions d’euros au cinéma par an, il n’y a aucune raison de penser qu’en offrant ce nouveau droit au citoyen, celui-ci ne soit pas prêt à accepter un maintient d’une certaine chronologie des médias, qui protègerait principalement les salles d’art et essai (qui en ont besoin pour ne pas disparaître avec la concurrence de produits à forte valeur ajoutée comme le Blu-ray et des multiplex) et Canal Plus. Donc une chronologie des médias limitée à 2 à 4 mois par exemple : après leur sortie en salles, interdire pendant 2 à 4 mois toute circulation et partage des œuvres sur Internet.
    L’avantage est que cela permet de faire survivre des dispositifs de type HADOPI en les rendant efficaces. Au lieu de devoir surveiller tous les réseaux et fichiers téléchargés, ils peuvent se concentrer sur les 100 à 400 films qui sortent par an en France, un nombre très limité de produits, et sanctionner non pas les utilisateurs mais ceux qui les mettent à disposition. Ce serait la mise en place d’une sorte de contrat social, d’une interdiction en contrepartie de l’accord d’un droit.
    Il s’agit de satisfaire Canal Plus, qui gagnerait énormément. Et cella permettrait d’établir un contrôle et autocontrôle qui puisse offrir des garanties. C’est une solution qui peut être étudiée. Il faut bien sûr débattre des délais et des stratégies. Est-ce qu’il faudrait quand même compenser Canal ou pas du tout ?

    - SBD : Quel système de répartition ?

    JB : Il ne s’agit absolument pas de mettre en œuvre en place une licence globale dont tout le produit serait attribué de façon proportionnelle au nombre de téléchargement car il ne faut pas nier qu’il y a quand même des effets de concentration sur le téléchargement, même avec l’effet de longue traîne. Il faut qu’une partie soit attribuée proportionnellement pour respecter ce phénomène pour 60 à 70 %, avec des effets de lissage afin de prendre en compte des œuvres qui ne sont pas comptabilisées par les techniques de sondage actuelles, et surtout, garder une part minoritaire mais importante pour financer toute une série de systèmes d’appui à la production et distribution du cinéma français, sur le modèle de toutes les aides existantes. Deux avantages : cela délie de façon importante les effets de consommation et déconnecte des impératifs commerciaux et publicitaires des TV et de la VoD. Ce sont des sommes énormes. 30% de 400 millions d’euros, cela représente plus de 100 millions d’euros qui peuvent être réaffectés à la création de nouvelles aides et permettent d’envisager une refondation globale de toutes les aides automatiques actuelles.
    Aujourd’hui, c’est le seul moyen de reprendre la main sur un système qui a dévié de son objectif initial, qui est vraiment face à des contradictions qui semblent insurmontables et qui je pense, répond quasiment à tout ce que l’on rencontre aujourd’hui dans le système.
    Au-delà, s’il faut payer demain 10 euros pour s’abonner à une plateforme de cinéma, 10 à 15 euros pour la musique, 10 euros pour Mediapart, 5 euros pour Le Monde, on voit bien que c’est inenvisageable sur le long terme. On en viendra donc à gaspiller cette opportunité offerte par Internet de démocratisation culturelle, sans aucune garantie sur les résultats puisque l’on a bien vu que, même si ces plateformes VoD deviennent extrêmement attractives, il sera toujours plus facile de télécharger par ailleurs. On n’aura toujours pas résolu ce problème. L’avantage de la licence globale est que cela permet de mutualiser et de réduire largement le montant nécessaire parce que tout le monde le paie. Certains vont crier à l’injustice car certains vont payer pour un service qu’ils n’utilisent pas. Mais ça va favoriser l’adoption de ces usages.
    Pour les programmes de flux, il y a une révision à la baisse des obligations de préachat des chaînes de TV en clair, parce qu’il y a une perte automatique du système d’exclusivité. Mais le flux étant par lui-même une valeur ajoutée, il faut que le système soit maintenu, du moins tant que les usages sont là. Le fait d’avoir l’exclusivité sur le flux par rapport aux autres chaînes de TV est une valeur ajoutée en soi. S’il y a une délinéarisation totale, licence globale ou non, on arrivera au bout de la logique.

    - SBD : Une licence globale pour le cinéma et la musique ?

    JB : Ce que propose Aubry, et qui est inquiétant, c’est de commencer par la musique et de voir plus tard pour le cinéma. C’est se couper de sources de financement énormes sur ces quelques années, avec le risque de se retrouver dépourvu à terme, sans l’un ni l’autre. Je pense que le vrai risque de l’exception culturelle française est de rester tel que l’on est, parce que l’on est en train de s’enfoncer dans un système qui tue la diversité culturelle de la production cinématographique et qui est en train d’assécher complètement les sources de financement. Conserver le système actuel pour le cinéma est un pari qui me semble perdu d’avance, surtout que la mise en place de la licence globale sera très peu coûteux et peut redynamiser la filière.
    Il ne s’agit pas d’une étatisation compète puisque l’on reste en majorité dans une logique de marché. On compense ces logiques de marché par un aplatissement des coûts, un pourcentage réservé au financement d’autres initiatives, l’éditorialisation. Mais, fondamentalement, on reste dans une logique de marché, non pas pure et dure mais à l’exception culturelle française.
    Parmi ceux qui ont défendu HADOPI, il y a ceux qui n’ont pas compris, ceux qui sont dans une logique de statut quo, et ceux qui, comme EuropaCorp, veulent démanteler toutes les bases de l’exception culturelle française et qui sont aujourd’hui en train de proposer la suppression de la chronologie des médias.
    La France n’a pas de grands groupes à la force financière qui permettent de financer 5 œuvres à perte pour 1 qui va compenser. On n’a pas le marché intérieur qu’ont les Américains, ni leur projection sur l’extérieur. C’est pour cela que l’on a une solution étatique, parce que l’on n’a pas les atouts qu’ils ont. C’est ridicule de comparer les deux systèmes parce que l’on a des caractéristiques de départ fondamentalement différentes.
    La licence globale est différente du mécénat global, car on a besoin de systématiser. L’avantage de la licence globale est que le système est prévisible, on peut moduler assez facilement selon les besoins, si l’on s’est trompé sur les effets, positivement ou négativement, sur telle ou telle consommation. D’autant que l’on part avec un coût de base assez bas, 5 euros par mois, qui sera même potentiellement intégré au coût des abonnements, comme l’augmentation de la TVA, qui aura un effet sur les consommateurs vraiment limité. C’est un équilibre.
    Après, le problème c’est l’application politique, la capacité de résistance aux lobbies qui voudront que ce soit 100 % proportionnel. Mais une solution harmonieuse peut être trouvée. Elle existe. Et je la trouve plus intéressante pour le cinéma que pour la musique, parce qu’elle permet cet équilibre unique dans le cinéma, avec un financement public – (non pas de type mécénat) qui a trouvé des mécanismes relativement neutres entre les automatismes, les commissions et permet une vraie diversité –, un équilibre entre les différents types de cinémas, et la logique de marché qui est complètement abolie dans la musique aujourd’hui. C’est pour cela que je trouve dommage que l’on parte sur l’hypothèse musique d’abord, qui serait plus simple, plus viable. Mais c’est là où les effets seront les moins intéressants. La licence légale ne représente que des revenus minoritaires, alors qu’avec la licence globale pour le cinéma, la ressource principale demeure la salle, de l’ordre d’une initiative privée.

    - SBD : Est-ce que l’on crée une plateforme de centralisation ou est-ce que l’on s’appuie sur des plateformes déjà existantes ?

    JB : Je pense que c’est un débat qui doit être mis en place au moment où l’on aura acté au principe de la licence globale, et qui n’est pas fondamental. Il s’agit de modalités pratiques mais qui sont plus de l’ordre technique, voire politique par rapport au rôle des sociétés de gestion de droits, des États. En tout cas, il n’y a aucune raison de les pré-acter. D’un côté, si l’on a une solution étatique, centrée sur les sociétés de gestion de droits, on risque, soit d’exclure beaucoup d’œuvres, soit de faire exploser les coûts de gestion pour ces sociétés de gestion de droits si tout le monde peut déposer n’importe quoi. Ce qui est sûr c’est que si l’on ne crée pas de plateforme, cela va rendre plus difficile les sondages et il faudra délimiter un certain nombre de plateformes qui sont par essence mouvantes, ne serait-ce parce qu’elles seront sûrement fermées par les autorités d’autres pays. Ce n’est pas un débat mineur, mais secondaire je pense.
    Une question importante est celle de l’adaptation à l’ordre international. C’est un débat juridique. Est-ce que l’on pourrait faire passer la licence globale comme une exception parmi d’autres au droit d’auteur, que ce soit par un amendement à des directives européennes, par le biais d’une éventuelle renégociation ?


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Si l’on se positionne du côté des consommateurs, quelle est votre analyse des besoins et attentes des consommateurs en matière d’achat de films en ligne ?

    JB : La CPI a intégré l’UFC Que Choisir qui soutient cette proposition de licence globale parce qu’elle est inquiète de la limite de l’extension du panier de la ménagère. Avec une offre VoD parcellisée, cela va nous prendre quelques années au moins avant qu’un monopole se mette en place, comme iTunes pour la musique. D’ici là, il aura des problèmes de mutualisation, de DRM, de compatibilité de lecture. On maltraite complètement le consommateur avec ces plateformes VoD. Et le consommateur n’en tire aucun avantage parce qu’il paie 4 euros pour une location de 48 heures, ce qui n’a aucun rapport avec la valeur du bien en question. Et, à toutes ces questions, la licence globale apporte une solution, une réponse, et pour un prix mensuel équivalent à celui d’une location de 48 heures ! Même si le prix augmente, cela reste tellement avantageux comparé aux dépenses moyennes des Français, et avec un catalogue qui s’auto entretient, potentiellement illimité, qui s’appuie sur des réseaux de collaboration.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films ?

    JB : Il y a deux hypothèses. Soit une hypothèse mercantile, d’initiatives privées, dominante pour l’instant, avec une nécessité de mutualisation au plus vite, c’est-à-dire qu’un acteur écrase les autres, par exemple Netflix avec une offre par abonnement et transmédias. Mais on finira plutôt par avoir une accumulation d’offres qui nous coûteront 50 ou 60 euros par mois pour avoir accès à l’ensemble des produits culturels. Donc le piratage subsistera. Je pense ainsi que la licence globale reste la solution la plus simple, qui repose sur l’initiative individuelle. On a vu à quel point c’était efficace et à quel point on retrouve une diversité culturelle immense, et des effets de niche avec les nouveaux systèmes de recommandation qui sont en train de se constituer et permettent de retrouver n’importe quoi assez facilement, mais devrait évidemment être appuyé par un portail public. Et cela d’ailleurs quoi qu’il arrive ! Un portail public commence à devenir essentiel, qui permette de référencer toutes les œuvres et, en mutualisant les catalogues de toutes les offres légales existantes, permette de rediriger les utilisateurs.

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    25
    07
    2011

    « On n’évitera pas une re-nationalisation de l’Internet »

    procirep_logo

    Interview d’Idzard van der Puyl, secrétaire général, PROCIREP

    30/06/11


    • Concernant la PROCIREP

    - SBD : Quel est votre bilan concernant l’action de la PROCIREP pour le développement et l’accompagnement de l’offre légale et le développement de nouveaux modèles de répartition de la valeur pour la distribution des films en ligne ?

    IVDP : La PROCIREP peut être amenée à aider à la négociation d’accords cadres entre producteurs et auteurs pour fixer un cadre général qui permette de liciter les droits. Avec la SACD et en accord avec les syndicats, nous avons par exemple fait le go between pour renégocier un accord en 1999, qui permettait de liciter la reprise des films français sur les plateformes de VoD et PPV. Cet accord prévoyait un mécanisme de reversement minimum de droits d’auteur. Il y avait un problème de disponibilité des droits pour les platefomes car l’autorisation de reprise des programmes en VoD n’était pas encore prévue dans les anciens contrats que les producteurs avaient passés avec les auteurs. Pour faciliter ce processus, nous avions décidé de gérer ce problème dans un cadre collectif qui avait donné toute satisfaction pendant un certain nombre d’années. Dernièrement, un certain nombre de syndicats de producteurs ont dénoncé l’accord, considérant qu’il n’était plus complètement adapté aux nouvelles formes de VoD, notamment par abonnement.

    - SBD : Quels sont les défis qui demeurent à l’heure actuelle pour les producteurs de cinéma et de télévision ?

    IVDP : Nous constatons que l’offre VoD se développe de façon assez forte et diversifiée en terme de nombre de plateformes, notamment parce qu’il existe en France une vraie économie avec beaucoup d’acteurs dans la chaîne, en capacité de lancer et d’être concurrencés par ce type de plateformes. Cependant, les acteurs sont plutôt déçus du rythme et surtout du niveau absolu de développement de ce marché, qui reste peu significatif par rapport à d’autres (salle, vidéo et DVD, TV payante et gratuite) parce que clairement concurrencé par la piraterie.
    On constate une dévalorisation du film dans les modes d’exploitation qui suivent la salle, voire une moindre audience des films : ils sont usés plus vite et valent de moins en moins cher. Le phénomène que la musique a connu de façon beaucoup plus drastique, nous commençons aussi à le connaître côté cinéma depuis 2-3 ans. La salle résiste plutôt bien, même s’il s’agit d’une économie compliquée à analyser. La vidéo demeure très touchée par le téléchargement illicite, si ce n’est dans son chiffre d’affaire globale qui reste à peu près stable, mais dans la valeur unitaire du film, puisqu’elle ne résiste qu’en baissant le prix des films. Et cela a un impact sur le reste de la chaîne.
    Donc les défis actuels des producteurs sont clairement de faire en sorte que les nouveaux modes d’exploitation ne détruisent pas plus de valeur qu’ils n’en créent, notamment de faire en sorte que la VoD s’insère de la façon la plus harmonieuse possible dans la chronologie des médias actuelle. Par ailleurs, il s’agit d’obtenir une régulation équilibrée de tous les opérateurs, qui prenne à la fois en compte le fait que les nouveaux opérateurs ne peuvent pas tout de suite être au niveau de contribution des opérateurs historiques, puis en même temps on ne peut pas accepter une dérégulation ou l’absence de contribution de certains acteurs. On a un problème de phase de transition à gérer. Mais il est essentiel de conserver une capacité à réguler. Aujourd’hui, la directive services et médias audiovisuels laisse la capacité aux États membres de fixer un certain nombre de barrières de régulation. Tandis que les quotas n’ont pas de sens pour les services audiovisuels à la demande, il peut s’agir de mettre en place des obligations d’exposition des programmes dans les guides de programmes électroniques ou les moteurs de recherche, des obligations de contribution qui existent aujourd’hui pour les services de VoD.
    Par ailleurs, des problèmes d’extraterritorialité apparaissent. Tout le monde est d’accord sur la nécessité de réguler mais des difficultés techniques existent pour réguler certains acteurs qui sont situés hors de France, voire hors d’Europe. C’était tout le débat de la taxe Google.

    - SBD : Pouvez-vous m’expliquer la position de la PROCIREP concernant les modèles de type licence globale ?

    IVDP : Un des problèmes majeur de la licence globale est qu’elle est contraire à l’idée de régulation. En substance, il s’agit de laisser faire en contrepartie d’une redevance. C’est finalement une politique ultralibérale de dérégulation, un paradoxe pour la gauche qui soutient cette logique, présentée toutefois sous l’angle de la liberté d’expression, de l’absence d’intrusion dans la vie privée. Si l’on veut garder une industrie européenne, en particulier française, on a besoin de mettre un certain nombre de barrières au libre jeu du marché, parce dans le cas contraire la demande se concentrera sur du programme américain. Aujourd’hui, 80 % de la consommation illégale se fait sur 50 à 60 films. N’est demandé sur Internet que ce qui bénéficie déjà d’une forte notoriété. C’est la vidéo et le DVD en pire.
    Par ailleurs, la licence globale ne serait pas en conformité avec la loi et les traités internationaux, qui prévoient que l’on ne peut pas exproprier les titulaires de droits de propriété intellectuelle, notamment sur les domaines majeurs des revenus et de l’exploitation de leurs œuvres.
    Il y a également un problème du niveau de la rémunération. Tout comme pour la copie privée, même si tout le monde est d’accord sur le principe, des problèmes apparaissent lorsqu’il faut payer. Et, il faut que le niveau soit suffisant pour compenser l’inéluctable baisse consécutive du marché de la VoD et la disparition du marché du DVD.
    En outre, il y a un problème de redistribution. Si cela passe par des sondages, des problèmes de représentativité apparaissent, avec l’argent qui ira aux plus gros. Si cela passe par le flicage, la neutralité des réseaux est en jeux.
    Enfin, la licence globale implique le financement d’une économie par des remontées de recettes. Mais en réalité, l’économie du cinéma n’est pas financée en Europe, contrairement aux États-Unis où les studios sont fortement capitalisés et où l’objectif, une fois que le film a été financé, est de maximiser leurs recettes. En Europe par contre, pour pouvoir produire, on prévend une exclusivité à une chaîne de TV, à un vendeur sur un pays. C’est pour cela que l’on a une gestion en chronologie des médias et en territorialité. Donc, avec la licence globale, du jour au lendemain vous avez une économie qui n’a plus ses traites.
    Pour la musique, c’est un peu différent. Il n’y a pas de préfinancement, pas de chronologie ni de gestion territoriale. C’est une industrie moins capitalistique et qui a été habituée de tout temps, avec la rémunération équitable sur la radio, à avoir des contenus qui circulent. En même temps, vu l’état de l’hystérie sur ces sujets-là en décembre 2005, j’étais persuadé que si la musique cassait ce rempart, on n’aurait pas été capable de faire tenir le rempart pour l’audiovisuel.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    IVDP : Il est évident pour nous que la piraterie est un élément destructeur de valeur. La VoD l’est aussi d’une certaine façon. Dans la mesure où elle est concurrencée par la piraterie, les demandes, en terme de niveaux tarifaires offerts aux consommateurs, pèsent forcément sur les revenus du secteur. Et, vous avez un phénomène de pression forte à la baisse des prix pour tous les modes d’exploitation qui suivent, avec un raccourcissement de la chronologie des médias.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la Hadopi ?

    IVDP : Nous sommes un des grands défenseurs de la Hadopi. Nous croyons beaucoup à la pédagogie. La Hadopi vaut notamment pour rappeler que l’Internet n’est pas une zone de non-droit et que les gens ont une responsabilité. Il ne s’agit pas d’aller couper les accès mais il faut être crédible. C’est un tabouret à trois pieds : développer les offres légales, la communication auprès du grand public et sanctionner de façon adaptée. Tout cela doit se faire conjointement.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    IVDP : Il y a un problème de partage de la chaîne de la valeur. Aujourd’hui, il y a une captation de la valeur par des opérateurs qui ne reversent rien à ceux qui permettent de créer le contenu qui génère ce trafic. C’est tout le débat sur la taxe Google, et plus largement sur la neutralité du net.
    Il s’agit de savoir comment financer la phase de transition vers le day and date, que tout le monde considère comme inéluctable. Je pense que le cinéma s’en sort globalement beaucoup mieux que la musique, parce qu’elle a toujours eu cette expérience d’être sur différents marchés, avec la TV qui arrive et impacte sur la salle. Donc il faut réguler et faire changer les modèles.
    On a la chance d’avoir une industrie du cinéma numérique contrôlée par des opérateurs proches du milieu du cinéma. Quand ils ne l’étaient pas, comme Orange, ils le deviennent et créent des filiales de cinéma. Par contre, pour la musique, le secteur est complètement dépendant des FAI. Ce sont des pure players Internet ou bien les FAI qui ont créé les systèmes de musique en ligne. Alors que dans le cinéma, les FAI n’ont pas créé, sauf Orange, leur propre plateforme, ils vont voir Canal Play comme le fait Free. Donc on est sur des acteurs qui sont dérivés du secteur audiovisuel. C’est une chance que l’on a, même si l’on est en train de connaître le syndrome de la musique, avec l’arrivée des pure players d’Internet et des acteurs de la TV connectée. Il y a un vrai problème de régulation qui se pose, à partir du moment où il n’y a plus un seul opérateur responsable de la relation avec l’abonné, sur lequel pèse le paiement des droits d’auteur et de la contribution au COSIP. Qui est-ce qu’on régule ? Le fabricant de matériel ?…
    Je pense que l’on n’évitera pas une re-nationalisation de l’Internet. Je ne vois pas les gouvernements accepter de laisser tout un tas de prérogatives leur échapper. Internet reste quelque chose de très structuré à travers des nœuds nationaux. On sait géolocaliser les flux. Je suis persuadé que les États remettront la main sur la gestion de l’Internet et vont réussir à réguler un certain nombre de choses pour pouvoir garder la main. Sinon demain, tout se décidera ailleurs que dans le pays.

    - SBD : Quels sont les chantiers de la PROCIREP en terme de copie privée ?

    IVDP : On a un problème de mise en œuvre pratique. Ce qui aujourd’hui encore est stocké sur la mémoire flash d’un appareil, va être de plus en plus stocké sur Internet et donc non taxable au titre de la copie privée. Il y a clairement des cas où cela rentre dans le mécanisme de la copie privée, mais dans certains cas de figure, même si ça rentre dans le mécanisme, comment est-ce qu’on l’applique ? Et auprès de qui va-t-on percevoir une rémunération ? Comment contrôle-t-on qu’Apple nous déclare bien l’intégralité de ses serveurs qui servent à faire du stockage ?
    Il y a des problèmes de négociation classiques avec une forte propension au contentieux, notamment avec l’annulation de l’ensemble des barèmes dernièrement, qui entraîne la nécessité de les refixer d’ici la fin de l’année et d’exonérer les usages professionnels.
    Le cloud demeure un vrai problème. Comme pour la licence globale, la PROCIREP est là pour gérer une redistribution qui correspond à des pratiques. Les pratiques changent. La copie privée peut disparaître, notamment puisqu’il y a une telle offre que les gens n’enregistrent plus et se contentent de voir tout en streaming. On espère que le transfère se fera sur d’autres revenus. Si les gens n’enregistrent plus au titre de la copie privée, on espère qu’ils regarderont de la catch-up et de la VoD, pour lesquels normalement les ayants droit sont rémunérés. Le cloud pourrait probablement maintenir des pratiques de copie privée mais délocalisées sur des supports externes. Donc il y a là un problème de mise en œuvre pratique de la législation. Il serait possible de mettre en place quelque chose qui ressemble à la licence globale sur un cadre très réduit, une rémunération sur les flux. Nous y sommes un peu réticents car nous avons peur du débat sur la licence globale.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films associée à une juste rémunération des artistes ?

    IVDP : Il faut assurer une bonne exposition du programme. Il faut trouver des mécanismes d’autorégulation, y compris dans les salles de cinéma, pour éviter les phénomènes de concentration de l’offre. Il faut également donner les moyens aux films peu connus, de faire un peu de communication et d’acquérir une certaine forme de notoriété, faute de quoi ils ne seront pas vus. Tandis que la politique de la Commission européenne nous explique uniquement qu’il faudrait que les films circulent plus, soient présents partout avec des plateformes paneuropéennes, nous nous battons pour que la gestion territoriale des droits ne soit pas cassée. Celle-ci permet de donner le temps au film d’acquérir une certaine notoriété, de donner le temps au distributeur d’aller promouvoir le film pour qu’il ait le maximum de chance d’aller rencontrer son public. Ce n’est pas parce qu’un film bulgare est en ligne sur une plateforme de VoD qu’il va être vu par quelqu’un en France. Il faut un vrai travail de mise en avant de ce film, à travers des réseaux particuliers, pour que ce film soit vu. Rendre les films accessibles partout tout le temps risque au contraire de concentrer la demande sur les seuls films qui arriveront à émerger par rapport à cette concurrence énorme, à savoir les gros blockbusters. C’est ce que Pascal Nègre appelle dans la musique, le « menu de restaurant vietnamien » : vous avez un menu qui fait quinze pages, et bien vous prenez toujours la même chose ! Sur Internet, l’offre est extraordinaire, mais parce que vous croulez sous l’offre, vous allez prendre toujours les mêmes choses dont vous avez entendu parler. Et, les systèmes de recommandation mettent du temps à s’établir.
    La mise en place d’un identifiant unique des œuvres est également essentielle afin d’utiliser la force d’Internet dans la gestion des bases de données des films.

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