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THE FUTUR OF DIGITAL CONTENTS' DISTRIBUTION
  • Sophie Boudet-Dalbin

    Docteur en sciences de l'information et de la communication (SIC) de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, je travaille sur la distribution des contenus numériques.

    Ma recherche doctorale, pluridisciplinaire, est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes pour la distribution des films par Internet, en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs économiques, créateurs, publics internautes et entités nationales.
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    Doctor in Information and Communication Sciences at the University Paris 2 Panthéon-Assas, I focus on digital content distribution.

    My PhD, multidisciplinary, aimes at finding concrete solutions for digital distribution of films, that would outreach stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various economic actors, creators, audience, Internet users and national entities.


  • Articles taggés avec ‘Long Tail;Internet;Cinéma;Musique’

    5
    02
    2010

    Cinéma & Internet, la réflexion avance

    Affiche3Nombres de conférences sur l’avenir du cinéma à l’ère d’Internet n’arrivent malheureusement pas à dépasser le simple inventaire des blocages. Mais lorsqu’elles réussissent effectivement à bâtir des échanges constructifs et concrets autour de nouvelles pistes de création de valeur entre deux secteurs qui se heurtent, celles-ci méritent d’être saluées !

    C’est le défi qu’a relevé avec brio la conférence-débat Cinéma & Internet jeudi dernier à La Cantine, dans le cadre de 3 jours événements Free Culture remix pour fêter ses 2 ans d’existence. L’occasion de réunir cinéphiles, producteurs cinéma, distributeurs de salles, éditeurs DVD, entrepreneurs dans les domaines des réseaux sociaux, du crowdfounding, de la VOD, des moteurs de recommandation, de l’indexation collaborative de films.

    Alain Rocca, producteur de films et directeur d’UniversCiné, assurait ainsi que l’industrie est bien consciente que tout l’avenir du cinéma se joue sur Internet et qu’il ne lui faut vraiment pas rater la marche. Voilà qui est rassurant ! La question centrale serait de trouver comment susciter l’appétit de cinéma, moteur de la filière, initialement basé sur la chronologie des médias, qui permet d’amortir les recettes d’un film sur ses différents supports. Etant donné que le P2P répond à l’appétit du tout-tout-de-suite, l’enjeu est alors de réussir à faire migrer cet appétit vers les offres légales, qui malheureusement tardent à apparaître.

    Des pistes sont à l’étude, comme des systèmes premiums (donc assez chers) pour voir un film sur Internet avant sa sortie en salles. Un système qui ne serait pas destructeur de valeur, à la différence du gratuit, aux vues de l’investissement financier colossal dans la production. Alain Rocca prévient d’ailleurs contre le spectre du « cinéma de Monsieur Carrefour » dans l’économie du gratuit ; le film devenant un simple produit d’appel pour des grandes marques en quête de notoriété. Par contre, Apple, avec la location de films sur l’iTunes Store, va dans le bon sens en facilitant l’aisance du consommateur et en apportant du qualitatif. 

    Aux côtés de représentants de l’industrie (producteur et distributeur), la conférence réunissait un panel d’entrepreneurs proposant des modèles de valorisation du cinéma adaptés aux nouveaux usages. L’occasion de confronter les réels enjeux du cinéma traditionnel et les évolutions possibles de cette industrie sur Internet. Ont répondu présents : 

    Cinefriends, un site communautaire pour passionnés de cinéma qui propose d’accompagner le film sur Internet, et par là même, de réduire la frontière entre professionnels et cinéphiles.

    Cinetrafic, un moteur de recommandation innovant avec pour vocation de favoriser la vente et la location de films sur tous supports ainsi que la promotion du contenu cinéma sur Internet. Des listes reconstruisant l’univers cinématographique permettent ainsi aux internautes d’y voyager à leur grès, que ce soit à travers les filmographies, les festivals, les genres.

    People for Cinema, une plateforme Internet qui propose de financer la distribution et la commercialisation des films. Par le biais d’accords avec les distributeurs (Mars Distribution, Canal+), les internautes vont pouvoir s’insérer dans les contrats (droits de coproduction, parts dans la distribution en salles). Il s’agit de leur donner la possibilité d’investir de l’argent (avec une mise de départ de 20€) dans la distribution des films auxquels ils croient et pouvoir ensuite toucher une partie des recettes. Parallèlement, ils participent au lancement, rencontrent les équipes, sont invités aux avant-premières privées et deviennent ainsi des ambassadeurs privilégiés pour les films dans lesquels ils ont investi.

    Touscoprod propose pour sa part aux internautes cinéphiles de devenir producteurs de films. Axée autour du cinéma indépendant, cette plateforme Internet construit des communautés qui vont venir soutenir la production, bien en amont du film. Avec une mise de départ de 10€, Touscoprod contribuerait pour 10 % en moyenne du budget total de production.

    Ulike, un site de partage des goûts qui réunit 40 000 personnes de 50 pays. Bien qu’il regroupe la culture dans toute sa transversalité, le cinéma représente tout de même un tiers de sa base de données. Sur le modèle de l’encyclopédie participative en ligne Wikipedia, ce site crée un algorithme qui, à partir des goûts, va émettre des recommandations. Le principe est simple, l’internaute dit ce qu’il aime et Ulike va lui recommander d’autres choses.

    Vodkaster, une plateforme web qui agit sur le marketing en permettant le visionnage d’extraits de films. Partant du constat que YouTube répond à un appétit certain pour voir ou revoir des scènes cultes, Vodkaster a voulu créer une alternative en misant sur la qualité vidéo, la recontextalisation et la légalité de l’offre. 12 000 scènes sont ainsi référencées et classées par mots clés. Un projet d’algorithme serait à l’étude, pour la recherche par répliques par exemple. Surfant également sur la vague du participatif, Vodkaster permet aux internautes de poster des vidéos par le biais de son logiciel de sélection de scène de moins de 3 minutes. Le modèle économique repose sur un référencement de l’offre légale, des flux publicitaires et une offre de services pour les distributeurs.

    The Auteurs, une plateforme VOD internationale (qui propose donc de louer des vidéos, selon les accords par zone géographique) avec toutes les fonctionnalités de promotion virale et qui propose un service B2B.

    Après un débat entre tous les intervenants et la salle, il en est ressorti que la grande valeur ajoutée d’une distribution des films sur Internet demeure la recommandation, qui diminue radicalement le coût de recherche du consommateur.

    Le grand défi du cinéma à l’ère du numérique demeure l’adaptation de la chronologie des médias. Même si certaines expériences de diffusion simultanée multisupports ont rencontré un réel succès, il n’empêche qu’elles restent exceptionnelles et ne justifient pas forcément de jeter le bébé avec l’eau du bain.

    Prenons par exemple, le film Home. Diffusé gratuitement sur YouTube 10 jours avant sa diffusion TV et sa distribution DVD simultanée, le film a rencontré un réel succès auprès du public. Mais il faut garder à l’esprit que sa production avait été principalement financée par le mécénat et qu’il s’agit d’un film particulier. Un autre exemple qui est revenu régulièrement tout au long de la conférence : L’année de la jupe, diffusé simultanément en salles et à la TV. Financé par la télé, il est apparu que la distribution cinéma n’a pas été cannibalisée par la diffusion TV. 

    Les salles seraient-elles vouées à disparaître ? Une chose est sûre, à force de vouloir se protéger, l’industrie cinéma risque de s’enfermer dans son tombeau, chose que l’industrie de la musique commence à peine à réaliser.

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    27
    02
    2009

    La longue traîne, un modèle économique viable?

    referencement_longue_traineTerme très tendance auprès des entrepreneurs du Net, la longue traîne (Long Tail) est une expression courante pour désigner un phénomène connu depuis longtemps des statisticiens. Ainsi, selon le principe de Pareto, 20% des causes produisent 80% des effets. De la même façon, seulement 20% des films produits et distribués par les majors deviennent des blockbusters. Pour l’industrie musicale, les chances de rencontrer le succès sont encore plus faibles, avec moins de 10% de hits parmi tous les albums. Le succès du concept de la longue traîne tient au fait qu’il offre une manière commode d’exprimer les différences de fonctionnement entre marchés physiques et marchés numériques. Ce « nouveau mantra du marketing » est alors envisagé autant comme la caractéristique d’une nouvelle structure de marché que comme une stratégie à déployer.

    Selon la théorie de la longue traîne, pour la première fois énoncée en 2003, puis théorisée en 2006 par Chris Anderson dans son ouvrage The Long Tail, le marché de masse, dominé par le Top 50, les best-sellers et les blockbusters, est en mutation vers « une masse de niches » (a mass of niches). Internet impulse un nouveau modèle économique. Il réduit les coûts de recherche pour les consommateurs, les coûts de catalogage et de transaction pour les producteurs et les distributeurs, et permet un meilleur appariement (matching) de l’offre et de la demande. Élaborée à partir de l’analyse des recommandations en matière d’achat de biens culturels sur le site Amazon.com, l’hypothèse de la longue traîne a ensuite été élargie aux ventes de l’ensemble des marchés des biens culturels (livre, musique, vidéo). Cette théorie a connu un succès exceptionnel. Nombre d’entreprises fondent leur modèle d’affaires sur le modèle de la Long Tail qui s’appuie sur la diversité, les communautés, « la sagesse des foules » (the wisdom of the crowds), « le pouvoir du gratuit » (the power of free).

    Pourtant, des études récentes viennent relativiser la validité et les conséquences de la longue traîne en terme de structure des marchés. Dans une étude américaine parue dans la Harvard Business Review, Anita Elberse, professeur associé en administration des entreprises à l’Université Harvard, au terme d’une analyse des téléchargements de musique et des locations par la poste de DVD, montre que le Web amplifie le succès des hits. Une autre analyse, britannique, des ventes de musique en ligne, suggère par ailleurs que les marchés de niche ne sont finalement pas des mines d’or inexploitées et que le succès repose encore sur quelques best-sellers. Les auteurs, Andrew Bud, entrepreneur dans le domaine des TIC, et Will Page, économiste en chef de la MCPS-PRS Alliance et concepteur du modèle économique de l’album « In Rainbows » de Radiohead (sorti gratuitement sur Internet puis disponible au prix décidé par chaque acheteur), constatent que 85% des albums disponibles ne se sont pas vendus une seule fois. 40 titres représentent à eux seuls 8% des ventes, et 3% du total des titres vendus concentrent 80% du chiffre d’affaire. Puis, en France, à la demande du Ministère de la culture et de la communication, les économistes Pierre-Jean Benghozi et Françoise Benhamou ont étudié les ventes de CD et DVD. Leurs résultats font apparaître un effet de longue traîne, mais si faible qu’il « semble peu à même de constituer la base d’un véritable marché ».

    Ainsi, comme le souligne Daniel Kaplan, délégué général de la Fing : « [Ces] études ne nient donc pas qu’il puisse y avoir un léger effet « longue traîne », produit mécanique de l’augmentation des stocks proposés à la vente sur les « rayonnages » numériques. Mais elles démontrent deux choses. D’une part, la diversité des produits proposés ne se traduit pas nécessairement en termes de diversité consommée. […] D’autre part, l’effet « longue traîne » ne profite guère aux artistes ou aux éditeurs […]. Les seuls qui paraissent en mesure d’en bénéficier sont les plates-formes de distribution numériques et les agrégateurs, qui proposeront par exemple en abonnement des catalogues mariant des hits sous exclusivité (pour attirer la demande) et une ample sélection de « petits titres » (pour faire valoir un effet volume et se différencier des offres concurrentes) ».

    En réponses aux critiques, Chris Anderson souligne sur son blog que « la longue traîne reste encore une force culturelle plutôt qu’une force économique » (the Long Tail is still more of a cultural force than an economic one).

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