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THE FUTUR OF DIGITAL CONTENTS’ DISTRIBUTION
  • Sophie Boudet-Dalbin

    Docteur en sciences de l'information et de la communication (SIC) de l'Université Paris 2 Panthéon-Assas, je travaille sur la distribution des contenus numériques.

    Ma recherche doctorale, pluridisciplinaire, est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes pour la distribution des films par Internet, en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs économiques, créateurs, publics internautes et entités nationales.
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    Doctor in Information and Communication Sciences at the University Paris 2 Panthéon-Assas, I focus on digital content distribution.

    My PhD, multidisciplinary, aimes at finding concrete solutions for digital distribution of films, that would outreach stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various economic actors, creators, audience, Internet users and national entities.


  • Articles taggés avec ‘P2P’

    2
    12
    2011

    La distribution des films par Internet : enjeux socioculturels, économiques et géopolitiques

    Ma thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication à télécharger ici en version résumée et complète.

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    9
    11
    2011

    La distribution des films par Internet : enjeux socioculturels, économiques et géopolitiques

    Thèse rendue, soutenance prévue courant décembre. L’aventure continue !

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    Résumé :

    A l’heure d’Internet, l’avenir du cinéma est en jeu. Les TIC nous font entrer dans une nouvelle ère dont la caractéristique centrale est le transport instantané de données immatérielles. Les modes de fonctionnement de la société, de l’économie et du droit d’auteur s’en trouvent bouleversés. L’adoption rapide des usages et l’extrême volatilité des modèles appellent à un ajustement des stratégies pour concilier développement technologique et juste rémunération des ayants droit. Avec la disparition de la notion de territorialité et la remise en cause du concept de propriété, l’Etat tente d’ajuster les diverses législations en vigueur et se lance dans une course de vitesse contre le numérique. L’industrie sort, quant à elle, progressivement d’une position défensive et s’efforce de développer des offres et services innovants. Mais la remise en cause de la chronologie des médias et l’arrivée d’une multitude d’acteurs qui ne participent pas au financement de la création, requièrent des solutions novatrices et de nature supranationale. S’il est important de faire évoluer les cadres juridiques et réglementaires pour soutenir et favoriser la distribution des films à la demande, il est également urgent de concevoir collectivement la manière dont les nouvelles pratiques de la génération connectée peuvent contribuer à un soutien équilibré de la production, condition fondamentale pour la pérennité du cinéma. Cette recherche pluridisciplinaire est une étude prospective qui vise à trouver des solutions concrètes en mesure de dépasser les stéréotypes et de réconcilier les motivations et contraintes des divers acteurs : industries, créateurs, publics, gouvernements.

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    8
    11
    2011

    Film Distribution Through The Internet: Sociocultural, Economic and Geopolitical Stakes

    PhD’s finished, defense due in December. To be continued!

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    Abstract:

    With the growth of the Internet, the future of cinema is at stake. ICT ushers in a new era whose main characteristic is the instant transportation of data. The way society, the economy and copyrights work is undergoing dramatic shifts. New uses of technology are swiftly embraced and the volatility of models demands an adjustment of strategies so that technological development does not clash the right of owners’ fair payment. Territoriality is disappearing as a notion and property is being questioned as a concept. The State tries to adjust the different legislations in force and engages in a race against digital technologies. As for the industry itself, it is progressively forsaking its defensive stance and is striving to develop innovative offers and services. But the sequencing and the emergence of numerous new actors who do not participate in the financing of creation, call for modern and supranational solutions. While legal and regulatory frameworks need to evolve in order to sustain and encourage the distribution of on demand films, it is also urgent to collectively conceive a way for the digital natives’ new practices to contribute to a balanced support to production, which represents a fundamental condition to ensure the continued existence of cinema. This multidisciplinary research aims at finding actual solutions that will be able to overcome stereotypes as well as reconcile the motivations and constraints of the various actors: industries, creators, audiences, governments.

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    12
    10
    2011

    « La S-VoD sera la seule manière de faire décoller la VoD légale »

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    Interview de Richard Huin, président & fondateur, imineo

    11/10/11


    • Concernant l’offre de films d’imineo

    - SBD : Dans la multitude des offres disponibles, comment celle d’imineo se distingue-t-elle ?

    RH : Aujourd’hui, en cinéma, tout le monde propose à peu près la même chose. La différence est faite sur les studios américains qui eux sont très durs à obtenir puisqu’ils demandent des MG très élevés par rapport à la réalité du marché sur Internet. Nous n’avons pas eu d’investissement, donc nous ne pouvions pas accéder à ces catalogues. Au niveau de l’offre de cinéma, nous avons donc une offre moins bonne puisque nous n’avons pas les majors américaines mais par contre nous intégrons tout ce qui est du direct to video. Nous allons chercher les petits producteurs qui nous donnent des DVD qui ne figurent absolument pas sur les autres grosses plateformes. Nous avons donc plutôt vocation à faire du Amazon. Nous distribuons le maximum pour nos clients. Nous avons commencé avec le fitness parce que le cinéma ne nous faisait pas confiance durant des années. Ils nous ont enfin parlé quand au bout d’un moment nous faisions partie du paysage.
    L’IPTV représente entre 20 et 25 % de notre chiffre d’affaires. Nous réalisons 80 % sur le net. Nous sommes la seule plateforme dans cette situation parce que nous sommes des spécialistes du référencement naturel et des sites d’une manière générale. Nous avons également une veille technologique très forte sur les news groups. Nous savons ce qui se vend, ce qui se télécharge. En ce moment, il y a beaucoup de bandes dessinées qui sont téléchargées au format PDF. Cela nous donne l’idée de mettre des bandes dessinées sur imineo par exemple. Nous ne regardons pas du tout comment fonctionne le monde du cinéma mais plutôt la demande du public sur Internet mais nous devons nous adapter à des règles bien établies.

    - SBD : Comment considérez-vous le film de long métrage au sein de votre offre de contenu ?

    RH : Le long métrage ne représente que 25 % de notre chiffre d’affaires. Par contre, cela attire les journalistes. En fait, c’est la chose que tout le monde regarde, alors que l’essentiel du chiffre d’affaires n’est pas du tout fait à cet endroit-là. Tout simplement parce que sur ces produits nous ne vendons essentiellement que de la location entre un à quatre euros, alors qu’une vidéo de fitness est vendue à quinze euros au format ISO sans DRM. Pour les films, c’est impossible de proposer une offre sans DRM, même pour ceux qui sont supposés être libres de droit d’auteur. Aujourd’hui, avec les DRM on punit celui qui achète légalement, ce qui favorise l’offre illégale. D’autant qu’il est beaucoup plus facile de convertir quelqu’un vers une offre légale, que de convertir un pirate vers le légal puisqu’il a déjà fait le pas. Le marché du cinéma n’est pas du tout ouvert à l’idée d’enlever les DRM. Il est encore très protégé, clairement aux dépends de la VoD. On nous impose par exemple des reversements de soixante à soixante-dix pour cent pour les nouveautés. Il nous reste alors extrêmement peu de marge. Nous ne nous concentrons donc pas sur ce segment pour le moment, mais ça changera quand nous aurons plus de moyens.

    - SBD : Des acteurs comme Netflix ou Amazon, révèlent un intérêt grandissant des consommateurs de films en ligne pour la S-VoD. Pensez-vous prochainement développer une offre par abonnement ? Quels sont selon vous les obstacles en France ?

    RH : Il est très difficile de faire une S-VoD de qualité sur le cinéma alors que pour tous les autres titres (documentaire, fitness) nous pouvons proposer des formules d’abonnement. Cela casse notre modèle économique. Nous savons que la S-VoD sera la seule manière de faire décoller la VoD légale. Mais pour l’instant, c’est complètement verrouillé, certainement par les salles de cinéma mais aussi par la chaîne Canal Plus qui voit cela arriver d’un très mauvais œil puisqu’ils vendent leur abonnement à trente-cinq euros.

    - SBD : Quel est le positionnement d’imineo face aux stratégies de partenariats multiplateformes et de TV connectée ?

    RH : Notre stratégie est évidemment de diffuser sur tous les écrans. C’est la bonne stratégie pour tout le monde. Nous développons aujourd’hui des solutions pour être disponibles sur les tablettes et les téléphones portables. Nous sommes rentrés chez Free, mais avec seulement une partie de notre catalogue. Pour les autres FAI, c’est très dur…


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    RH : En tant qu’exploitant de plateforme, nous n’avons rien vu. Nous avons été labellisés. Pour moi, ce n’est pas comme ça qu’il fallait faire les choses. Les gens ne prêtent aucune attention aux labellisations. Ce qu’il faut, c’est être distribué partout et à un prix raisonnable.J’ai trouvé le rapport Hubac très intelligent, notamment sur le fait que chaque plateforme pourrait avoir un accès aux IPTV puisque cela représente 92 % du marché. Le téléchargement illégal a certainement un impact fort sur les ventes, nous voyons bien que la perte de chiffre d’affaires sur les ventes DVD n’a pas été compensée par la VoD. La chronologie des médias n’aide pas non plus. Avec Internet, on peut tout avoir tout de suite, il va falloir que les studios s’adaptent un jour ou l’autre.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI ?

    RH : C’est un bon début, l’idée est bonne. Mais ce n’est pas comme cela qu’il faut faire. J’avais proposé à HADOPI de les aider pour bloquer les pirates. Il suffit d’interdire certains serveurs au niveau des FAI. Mais ce n’est pas possible. Pourtant, on sait le faire avec d’autres sites… Je peux comprendre que les sites pirates conviennent aux étudiants qui n’ont pas d’argent. Mais ensuite, on doit quand même faire payer, c’est obligatoire, sinon il n’y aura plus de production, ou du moins autre que les super-productions américaines.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    RH : Non pas du tout. Celui qui paie est pénalisé. Il n’a pas la nouveauté. Il faudrait mettre tout le monde sur le même pied d’égalité. Nous nous considérons comme une salle de cinéma et pour l’internaute c’est pareil. On pourrait imaginer qu’une nouveauté en VoD puisse être vendue trente euros, ce qui se justifie puisque l’on peut être plusieurs derrière son écran pour regarder le dernier film qui sort. On n’est pas obligé de faire payer le film dix euros comme une entrée en salles. On pourrait le vendre plus cher et ça marcherait, c’est certain, les gens sont prêts à payer pour cela. Les gens n’ont pas envie d’attendre quatre mois pour une nouveauté, alors qu’elle est déjà diffusée partout sur les réseaux. La VoD est en bout de chaîne d’exploitation d’un titre alors que la technologie Internet permet d’être en temps réel… La chronologie des médias certes protège les acteurs traditionnels de la distribution vidéo mais est très mauvaise pour les plateformes de VoD. Cela changera, j’en suis certain.

    - SBD : Que pensez-vous d’un système de répartition de la valeur de type licence globale ?

    RH : Mon cœur est pour la licence globale. Ce serait une bonne chose pour la diffusion des contenus. Et finalement, pour l’industrie, ce serait peut-être la meilleure chose. Mais en tant qu’entrepreneur, ce n’est pas bon pour moi. La licence globale est malgré tout, pour le consommateur, la meilleure des solutions.


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Quelle est votre analyse des tendances des consommateurs de films en ligne ?

    RH : Pendant des années, nous avions des retours extrêmement négatifs sur les DRM puisqu’un ordinateur est configuré de façon exotique : chacun à son anti virus, son firewall, et ça bloque les téléchargements de licences. De plus, ce système de protection des films n’est compatible que sur PC ou non sur Mac ou Linux. Maintenant que nous avons mis en place le streaming, c’est plus compatible pour tout le monde (Mac, Linux et PC) donc il y a moins de retour, mais évidemment ceux qui veulent télécharger les fichiers ne sont toujours pas satisfaits. Il s’agit de problèmes techniques que nous ne pouvons pas éviter. Par ailleurs, comme il n’y a pas de baisse significative des prix, les clients ne sont pas encore satisfaits au niveau du tarif alors que le film est déjà sorti depuis longtemps. Donc je dirais que la VoD, ce n’est pas encore sexy. Mais il faut attendre que les choses se développent. Il va falloir faire une offre complète, pas chère et souple, c’est évident ! Pour le moment, ce n’est pas le cas.

    - SBD : Dans quelle mesure l’offre d’imineo prend-elle en compte les médias sociaux ? Quelle est votre stratégie en terme de VoD sociale ?

    RH : Ce sont des outils puissants. Le réseau social va être un très bon prescripteur pour consommer des titres, c’est certain. Mais il faut que ce soit dans un abonnement.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films ?

    RH : En premier, une connexion Internet qui soit encore plus rapide. C’est la base. Cela va permettre la diffusion en HD jusque dans les tout petits villages. Aujourd’hui, beaucoup de nos clients ont des problèmes de connexion. Il suffit qu’un routeur soit en panne ou marche mal parce qu’il a été installé il y a trente ans, et l’accès à notre site est difficile.
    Évidemment, des prix attractifs, soit à l’acte beaucoup plus bas, soit en S-VoD. Pour moi, l’abonnement est le plus important. La S-VoD est le meilleur moyen pour faire descendre les prix puisqu’il n’y a plus de prix. Les plateformes uniquement en ligne comme nous sont extrêmement dépendantes de Google. Quand Google change son algorithme, nous le payons cher. La S-VoD permet d’atténuer ce phénomène de dépendance, de fidéliser les clients et de contrer la chute des prix dans le commerce physique.

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    2 commentaires

    7
    09
    2011

    « Ce qui crée l’usage, ce n’est pas que l’offre, mais aussi la facilité, l’accès »

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    Interview de Sophie Voisin, directrice des opérations & Bruno Atlan, directeur marketing et développement international, UniversCiné

    25/08/11


    • Concernant l’offre de films d’UniversCiné

    - SBD : Dans la multitude des offres disponibles, comment celle d’UniversCiné se distingue-t-elle ?

    SV & BA : Notre ligne éditoriale fait que nous avons un positionnement différent des plateformes généralistes comme CanalPlay ou VideoFutur. Nous sommes vraiment sur le cinéma d’auteur français, européen et international, pratiquement exclusivement en VOST. Cela ne veut pas dire que nous soyons dans un ghetto du film d’auteur. Au contraire, nous sommes très ouverts. Nous sommes là pour faire découvrir du cinéma « intelligent » à un large public. Donc, il y a plus de VO, pas les mêmes films et nous éditorialisons fortement.
    Nous pourrions nous comparer à FilmoTV pour l’approche présentation. Mais, nous allons tourner des bonus vidéo, rédiger des articles avec une équipe éditoriale. FilmoTV est plus dans la critique cinéma. UniversCiné est plus dans l’interview de réalisateurs, des formats un peu plus longs. Le fait de pouvoir rencontrer ceux qui font le cinéma était un des leitmotivs de l’équipe. Donc l’équipe éditoriale se déplace, profite des tournages, va sur les festivals, y compris européens, et ramène des interviews qui sont montées. Nous n’utilisons pas de base documentaire existante, nous la créons de toute pièce. Sur pratiquement 1 600 films, les synopsis, les pitchs, les articles, en dehors des citations presse, tout est produit en interne.

    - SBD : Comment considérez-vous le film de long métrage au sein de votre offre de contenu ?

    SV & BA : Nous n’offrons quasiment exclusivement que du long métrage. Nous avons quelques courts qui sont là souvent parce que nous avons le long d’un même réalisateur et que nous voulons montrer son œuvre complète. Nous avons beaucoup été sollicités pour rentrer des courts mais avons choisi de nous concentrer sur le long métrage parce que nous ne pouvons pas tout faire et que c’est là que se trouve le potentiel commercial. Après, cela nous arrive de faire d’autres choses, comme par exemple avec le Cinéma du réel. Là, il s’agit de cinéma documentaire de création, avec des formats un peu atypiques. Cela vient enrichir notre offre de manière événementielle. Mais sinon, nous sommes vraiment cent pour cent cinéma.

    - SBD : Des acteurs comme Netflix ou Amazon, révèlent un intérêt grandissant des consommateurs de films en ligne pour la S-VoD. Pensez-vous prochainement développer une offre par abonnement ? Quels sont selon vous les obstacles en France ?

    SV & BA : Nous sommes en plein dedans. Historiquement, nous représentons un collectif de producteurs et distributeurs qui ne voulait pas que le marché de la VoD aille trop vite vers la formule d’abonnement. Nous pensions qu’il y avait de la destruction de valeur dans un marché qui n’était pas mûr. L’histoire nous a donné raison jusque là puisque le marché s’est quand même développé de manière soutenue, à l’acte. Il y a un vrai marché qui s’est développé en IPTV, en France, sur la VoD à l’acte. Aujourd’hui, la croissance du marché en T-VoD se ralentit un peu. Effectivement, même dans un pays où la chronologie des médias est à 36 mois pour la S-VoD, il y a des offres qui sont en cours de développement, qui arrivent de l’étranger ou de la France. Nous n’y sommes pas opposés et allons participer sans aucun doute à ce mouvement, tout en gardant cette logique de maximisation de la valeur du marché. Nous pensons qu’il faut aussi respecter la valeur de la salle et de la consommation à l’acte. Il faut continuer à avoir des offres à l’acte parce qu’il y a des gens qui ne veulent pas s’abonner. Il s’agit de voir comment articuler intelligemment les offres de VoD par abonnement et à l’acte. En France, il y a des acteurs suffisamment bien installés sur la VoD à l’acte pour ne pas avoir, dans deux ans, un Netflix avec 80 % du marché de l’abonnement.
    Nous avons décidé d’être plus royalistes que la chronologie des médias et de mettre des œuvres plus « anciennes » que les trois ans, puisqu’il y a encore de la valeur à l’acte sur des films qui ont 3-4 ans, d’autant plus sur notre secteur. Nous allons chercher les inédits, les perles rares, des films qui n’ont pas forcément été vus ou de niche. Nous avons aussi toujours été assez hauts dans les prix pratiqués. Lorsque tout le monde est venu à 4,99€ sur la VoD, nous oscillions entre 3,99€ et 4,99€, pour nous ajuster à iTunes. Mais dès le départ, nous nous sommes positionnés sur la fourchette haute, sans trop de regrets.
    Le problème principal de la S-VoD aujourd’hui est que cela vient directement en concurrence avec des offres télévisuelles payantes ou gratuites, de type Ciné Cinéma, avec des droits assez proches. La valeur qu’offrent les chaînes de TV est encore supérieure à celle qu’offre la S-VoD. Après, les chaînes de TV n’ont pas vocation à passer tous les films. Donc, il y a une question de concurrence entre ces deux médias et de gestion des fenêtres.
    Sur la T-VoD, notre marge est de l’ordre de 10-15 %. Sur la S-VoD, c’est encore difficile de dire comment va se répartir la valeur. Nous en sommes encore aux balbutiements. Les modèles vont évoluer à mesure que le marché va mûrir. Nous allons peut-être prendre plus de risques en préfinancement, en achat de films avant leur sortie. Nous allons rémunérer ce risque d’une manière ou d’une autre. La VoD génère quand même pas mal de ressources par rapport à l’investissement en production qui est fait tous les ans en France. La vocation d’UniversCiné était de créer une structure qui ait les moyens de mettre Internet au service du préfinancement de la production, avec prise de risque dans la production. Cela devient aujourd’hui possible. Sur le DVD, beaucoup d’intermédiaires se sont mis dans la chaîne et souvent, cela n’a bénéficié qu’à de très gros films, cela n’a pas forcément favorisé la diversité. La vocation d’UniversCiné est justement d’arriver à faire bénéficier tout le monde de productions assez variées et diverses, des revenus Internet.
    Nous ne croyons pas au gratuit financé par la publicité. C’est un peu l’illusion d’Internet. On ne s’y retrouve jamais. On ne peut pas préfinancer un film avec des modèles publicitaires. Seule la concentration de grands acteurs de la télévision peut permettre de préfinancer des films avec ce modèle. Sur Internet, l’éclatement des acteurs et le volume publicitaire ne sont pas très crédibles pour l’instant.

    - SBD : L’offre UniversCiné est désormais disponible en Belgique. Envisagez-vous d’autres partenariats ?

    SV & BA : Nous sommes fortement soutenus par MEDIA pour construire le réseau EuroVod et continuer à l’étendre. Tout d’abord, pour l’échange de droits croisés. Un producteur allemand va être plus facilement en mesure de nous trouver des droits sur un film allemand pour tous les pays d’EuroVod, et inversement. L’idée est de faciliter la circulation des œuvres grâce à ce réseau. Il s’agit aussi d’échanger les bonnes pratiques, de soutenir le développement de la VoD sur le cinéma indépendant, de mutualiser nos expériences du marché, etc. Notre objectifs serait de mutualiser le plus possible nos moyens techniques entre ces différentes plateformes pour devenir plus compétitif et résister à des acteurs plus généralistes, qui appartiennent à de grands groupes. Ce n’est pas toujours simple. Il y a des barrières culturelles, linguistiques. Mais nous y travaillons en tous cas.
    Il n’y a pas une volonté de porter UniversCiné. UniversCiné Belgium a décidé de garder la marque. Mais, par exemple, nous développons une plateforme en Pologne pour le compte des Polonais. Nous avons de l’avance. Nous avons été précurseur. Donc nous semons un peu le modèle et aidons techniquement et opérationnellement nos partenaires européens. Nous leur faisons gagner du temps sur la technique, sur l’expérience que nous avons. Nous sommes donc en train de développer des technos pour la Pologne, une nouvelle initiative avec les Césars polonais. En Suisse, ça s’appelle UniversCiné Swizerland. Mais en Irlande, ça s’appelle Volta. Volta étant la première salle de cinéma en Irlande, ils ont voulu faire allusion au symbole. Nous ne partons pas sur un modèle « supranational », avec une plateforme en anglais pour tout le monde afin de vendre le cinéma indépendant. Il s’agit de films qui ne sont pas parmi les plus faciles d’accès. Nous faisons donc un travail éditorial pour les pousser. Nous devons être présents dans la langue du pays, proches du public, de la vie culturelle. Il y a une stratégie marketing dans chaque pays. Donc, ce n’est pas forcément la même marque. En outre, l’éditorialisation, la mise en avant de l’offre n’est pas du tout la même sur un même film en Belgique qu’en France par exemple. Ce n’est pas une question de langue mais plutôt de culture. On pénètre mieux son marché quand on est proche de son public. Après, nous travaillons aussi sur des approches communes, des passerelles.

    - SBD : Quel est le positionnement d’UniversCiné face aux stratégies de partenariats multiplateformes et de TV connectée ?

    SV & BA : Nous avons vocation à distribuer le label UniversCiné sur tous les canaux pour trouver notre public, que se soit auprès de tiers opérateurs en IPTV ou câble, ou sur le Web. Là, c’est un peu différent car nous souhaitions concentrer l’audience sur notre site. Nous avons donc des partenariats historiques avec Virgin Mega et Arte VOD sur une toute petite partie du catalogue. Après, nous avons la stratégie d’aller sur les nouveaux devices. Pour les TV connectées, nous sommes un des premiers services à avoir été lancé sur LG, depuis fin juin. Le portage sur tablette Android est prévu d’ici la fin de l’année. Une petite partie de notre catalogue est sur iTunes. Ce qui ne nous empêchera pas d’étudier la possibilité de porter notre service sur iPad et iPhone, avec une appli pour 2012, sachant que leur stratégie est d’enfermer les éditeurs dans iTunes et les empêcher d’aller développer les appli.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    SV & BA : Nous sommes persuadé que le téléchargement a un impact très négatif sur les ventes. C’est illusoire de croire le contraire. C’est vraiment de l’hypocrisie. Cela nous porte préjudice de manière sérieuse. Le site Internet représente 5 % de notre volume d’affaires, clairement parce qu’il y a cette culture du piratage et du tout gratuit sur le Web. On peine clairement à développer l’offre. Quelques études montraient que, sur une période donnée, en prenant un échantillon de notre offre, on avait presque les mêmes ratios entre les volumes piratés et nos ventes. Les gens cherchent la même chose en gratuit ou en payant. S’ils le trouvent en gratuit, ils ne vont pas payer.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI ?

    SV & BA : Il n’y a clairement aucune volonté politique. C’est une coquille vide. Il y aurait vraiment les moyens de suspendre, de fermer les sites. Les lois n’ont pas besoin d’être liberticides pour fermer les plateformes de téléchargement illégal. Nous avons l’impression que l’on a mis en place une réponse pour aller prévenir les téléchargeurs qu’ils n’ont pas le droit de faire du P2P, alors qu’il y a des offres de streaming qui pullulent. On ferait mieux d’avoir une unité super efficace qui serait là pour fermer ces sites. Ce n’est pas forcément une bataille perdue d’avance. Cela aurait pour sûr un impact sur le marché de la VoD.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    SV & BA : Aujourd’hui, nous avons plutôt tendance à défendre la chronologie des médias telle qu’elle est. Le passage de la VoD à 4 mois a eu un effet bénéfique sur les ventes en VoD. Sur les DVD, cela a permis de maintenir et d’enrailler la chute. Les 2 mois supplémentaires servaient beaucoup au piratage. Et cela n’a pas handicapé la salle pour autant. Après, que la S-VoD soit à 36 mois, cela nous semble plutôt raisonnable pour l’instant. Nous avons tendance à défendre ce modèle, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Les fermetures de fenêtres pour les TV payantes sont légitimes, dans la mesure où il y a préfinancement ou achat. Certes, les fenêtres exclusives sont peut être un peu longues par rapport aux périodes de diffusion, ce qui rend le film indisponible pendant une longue période. Il faut voir comment cela va s’organiser à terme. C’est vrai que le public ne comprend pas toujours pourquoi le film disparaît des offres de VoD à l’acte pendant près de deux ans. Ce n’est pas logique pour le grand public. Après, cela ne concerne pas la VoD en vente définitive, qui se développe, notamment sur l’IPTV. Free a commencé avec Disney et d’autres vont suivre.

    - SBD : Que pensez-vous d’un système de répartition de la valeur de type licence globale ?

    SV & BA : Nous défendons le rôle de l’éditeur, de la recommandation, de la prescription. Nous voyons mal comment ce travail pourrait être rémunéré ou identifié dans un modèle complètement ouvert où tout le monde échange ce qu’il veut, et où on finit par rémunérer je ne sais pas comment, je ne sais pas qui. Tout le travail d’édition que les acteurs de la VoD ont mis en place serait complètement balayé par un système de licence globale. Et, comment mesure-t-on ce qui est réellement consommé ? Comment remonte-t-on aux ayants droit ? Nous trouvons cela très déstructurant pour le marché. Cela ne nous semble pas très réaliste, d’autant que le marché s’est déjà structuré, avec cette année entre 150 et 200 millions d’euros sur la VoD à l’acte. Mais peut-être qu’il y a des systèmes intelligents qui vont être trouvés et que l’on ne connaît pas encore, ce dont nous doutons.


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Quelle est votre analyse des tendances des consommateurs de films en ligne ?

    SV & BA : On se rend compte que le consommateur de VoD n’est pas le jeune 15-25, comme on pouvait le croire au départ, avec les usages technologiques. Le jeune de 15-25 pirate beaucoup plus qu’il n’achète. Après, ce sont des questions de pouvoir d’achat. Mais nous sommes plus sur les 25-59, qui ont déjà un certain pouvoir d’achat et ne vont pas s’embêter à pirater. L’évolution des usages touche un public de plus en plus large. Cela semble de moins en moins compliqué, notamment sur une box.

    - SBD : Dans quelle mesure l’offre d’UniversCiné prend-elle en compte les médias sociaux ? Quelle est votre stratégie en terme de VoD sociale ?

    SV & BA : Nous avons une communauté implicite sur notre site mais qui n’est pas encore très active puisque nous ne lui avons pas donné les outils pour s’exprimer. Nous avons commencé à mettre les premiers modules, tels que Facebook Connect. Nous réfléchissons également à faire de la VoD directement sur Facebook, puisque l’on voit que les studios américains s’y mettent. Les réseaux sociaux et la recommandation au sens large jouent effectivement un rôle et peuvent faire émerger des films. Sur nos types de films, qui ont été peu marketés, sont peu connus, le communautaire joue un rôle. Nous y sommes très attentifs et essayons de nous interfacer avec les réseaux sociaux existants. Mais nous n’avons pas l’ambition de recréer un réseau social, comme Mubi. Nous sommes partis de l’offre, l’avons étendue, et maintenant que les usages sont installés, avec une distribution multicanaux, nous allons nous interfacer avec les réseaux sociaux existants. Ce qui ne nous empêche pas d’avoir de petites fonctionnalités communautaires de base (l’annotation, le commentaire).


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films

    SV & BA : La qualité et la profondeur de l’offre ; sa structuration, son éditorialisation. C’est ce qui a fait que le marché de la VoD a décollé. Après, il y a évidemment l’accessibilité sur tous les devices. On se rend compte que ce qui crée l’usage, ce n’est pas que l’offre, mais aussi la facilité, l’accès. Et, la continuité de service.

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    25
    07
    2011

    « On n’évitera pas une re-nationalisation de l’Internet »

    procirep_logo

    Interview d’Idzard van der Puyl, secrétaire général, PROCIREP

    30/06/11


    • Concernant la PROCIREP

    - SBD : Quel est votre bilan concernant l’action de la PROCIREP pour le développement et l’accompagnement de l’offre légale et le développement de nouveaux modèles de répartition de la valeur pour la distribution des films en ligne ?

    IVDP : La PROCIREP peut être amenée à aider à la négociation d’accords cadres entre producteurs et auteurs pour fixer un cadre général qui permette de liciter les droits. Avec la SACD et en accord avec les syndicats, nous avons par exemple fait le go between pour renégocier un accord en 1999, qui permettait de liciter la reprise des films français sur les plateformes de VoD et PPV. Cet accord prévoyait un mécanisme de reversement minimum de droits d’auteur. Il y avait un problème de disponibilité des droits pour les platefomes car l’autorisation de reprise des programmes en VoD n’était pas encore prévue dans les anciens contrats que les producteurs avaient passés avec les auteurs. Pour faciliter ce processus, nous avions décidé de gérer ce problème dans un cadre collectif qui avait donné toute satisfaction pendant un certain nombre d’années. Dernièrement, un certain nombre de syndicats de producteurs ont dénoncé l’accord, considérant qu’il n’était plus complètement adapté aux nouvelles formes de VoD, notamment par abonnement.

    - SBD : Quels sont les défis qui demeurent à l’heure actuelle pour les producteurs de cinéma et de télévision ?

    IVDP : Nous constatons que l’offre VoD se développe de façon assez forte et diversifiée en terme de nombre de plateformes, notamment parce qu’il existe en France une vraie économie avec beaucoup d’acteurs dans la chaîne, en capacité de lancer et d’être concurrencés par ce type de plateformes. Cependant, les acteurs sont plutôt déçus du rythme et surtout du niveau absolu de développement de ce marché, qui reste peu significatif par rapport à d’autres (salle, vidéo et DVD, TV payante et gratuite) parce que clairement concurrencé par la piraterie.
    On constate une dévalorisation du film dans les modes d’exploitation qui suivent la salle, voire une moindre audience des films : ils sont usés plus vite et valent de moins en moins cher. Le phénomène que la musique a connu de façon beaucoup plus drastique, nous commençons aussi à le connaître côté cinéma depuis 2-3 ans. La salle résiste plutôt bien, même s’il s’agit d’une économie compliquée à analyser. La vidéo demeure très touchée par le téléchargement illicite, si ce n’est dans son chiffre d’affaire globale qui reste à peu près stable, mais dans la valeur unitaire du film, puisqu’elle ne résiste qu’en baissant le prix des films. Et cela a un impact sur le reste de la chaîne.
    Donc les défis actuels des producteurs sont clairement de faire en sorte que les nouveaux modes d’exploitation ne détruisent pas plus de valeur qu’ils n’en créent, notamment de faire en sorte que la VoD s’insère de la façon la plus harmonieuse possible dans la chronologie des médias actuelle. Par ailleurs, il s’agit d’obtenir une régulation équilibrée de tous les opérateurs, qui prenne à la fois en compte le fait que les nouveaux opérateurs ne peuvent pas tout de suite être au niveau de contribution des opérateurs historiques, puis en même temps on ne peut pas accepter une dérégulation ou l’absence de contribution de certains acteurs. On a un problème de phase de transition à gérer. Mais il est essentiel de conserver une capacité à réguler. Aujourd’hui, la directive services et médias audiovisuels laisse la capacité aux États membres de fixer un certain nombre de barrières de régulation. Tandis que les quotas n’ont pas de sens pour les services audiovisuels à la demande, il peut s’agir de mettre en place des obligations d’exposition des programmes dans les guides de programmes électroniques ou les moteurs de recherche, des obligations de contribution qui existent aujourd’hui pour les services de VoD.
    Par ailleurs, des problèmes d’extraterritorialité apparaissent. Tout le monde est d’accord sur la nécessité de réguler mais des difficultés techniques existent pour réguler certains acteurs qui sont situés hors de France, voire hors d’Europe. C’était tout le débat de la taxe Google.

    - SBD : Pouvez-vous m’expliquer la position de la PROCIREP concernant les modèles de type licence globale ?

    IVDP : Un des problèmes majeur de la licence globale est qu’elle est contraire à l’idée de régulation. En substance, il s’agit de laisser faire en contrepartie d’une redevance. C’est finalement une politique ultralibérale de dérégulation, un paradoxe pour la gauche qui soutient cette logique, présentée toutefois sous l’angle de la liberté d’expression, de l’absence d’intrusion dans la vie privée. Si l’on veut garder une industrie européenne, en particulier française, on a besoin de mettre un certain nombre de barrières au libre jeu du marché, parce dans le cas contraire la demande se concentrera sur du programme américain. Aujourd’hui, 80 % de la consommation illégale se fait sur 50 à 60 films. N’est demandé sur Internet que ce qui bénéficie déjà d’une forte notoriété. C’est la vidéo et le DVD en pire.
    Par ailleurs, la licence globale ne serait pas en conformité avec la loi et les traités internationaux, qui prévoient que l’on ne peut pas exproprier les titulaires de droits de propriété intellectuelle, notamment sur les domaines majeurs des revenus et de l’exploitation de leurs œuvres.
    Il y a également un problème du niveau de la rémunération. Tout comme pour la copie privée, même si tout le monde est d’accord sur le principe, des problèmes apparaissent lorsqu’il faut payer. Et, il faut que le niveau soit suffisant pour compenser l’inéluctable baisse consécutive du marché de la VoD et la disparition du marché du DVD.
    En outre, il y a un problème de redistribution. Si cela passe par des sondages, des problèmes de représentativité apparaissent, avec l’argent qui ira aux plus gros. Si cela passe par le flicage, la neutralité des réseaux est en jeux.
    Enfin, la licence globale implique le financement d’une économie par des remontées de recettes. Mais en réalité, l’économie du cinéma n’est pas financée en Europe, contrairement aux États-Unis où les studios sont fortement capitalisés et où l’objectif, une fois que le film a été financé, est de maximiser leurs recettes. En Europe par contre, pour pouvoir produire, on prévend une exclusivité à une chaîne de TV, à un vendeur sur un pays. C’est pour cela que l’on a une gestion en chronologie des médias et en territorialité. Donc, avec la licence globale, du jour au lendemain vous avez une économie qui n’a plus ses traites.
    Pour la musique, c’est un peu différent. Il n’y a pas de préfinancement, pas de chronologie ni de gestion territoriale. C’est une industrie moins capitalistique et qui a été habituée de tout temps, avec la rémunération équitable sur la radio, à avoir des contenus qui circulent. En même temps, vu l’état de l’hystérie sur ces sujets-là en décembre 2005, j’étais persuadé que si la musique cassait ce rempart, on n’aurait pas été capable de faire tenir le rempart pour l’audiovisuel.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    IVDP : Il est évident pour nous que la piraterie est un élément destructeur de valeur. La VoD l’est aussi d’une certaine façon. Dans la mesure où elle est concurrencée par la piraterie, les demandes, en terme de niveaux tarifaires offerts aux consommateurs, pèsent forcément sur les revenus du secteur. Et, vous avez un phénomène de pression forte à la baisse des prix pour tous les modes d’exploitation qui suivent, avec un raccourcissement de la chronologie des médias.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la Hadopi ?

    IVDP : Nous sommes un des grands défenseurs de la Hadopi. Nous croyons beaucoup à la pédagogie. La Hadopi vaut notamment pour rappeler que l’Internet n’est pas une zone de non-droit et que les gens ont une responsabilité. Il ne s’agit pas d’aller couper les accès mais il faut être crédible. C’est un tabouret à trois pieds : développer les offres légales, la communication auprès du grand public et sanctionner de façon adaptée. Tout cela doit se faire conjointement.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    IVDP : Il y a un problème de partage de la chaîne de la valeur. Aujourd’hui, il y a une captation de la valeur par des opérateurs qui ne reversent rien à ceux qui permettent de créer le contenu qui génère ce trafic. C’est tout le débat sur la taxe Google, et plus largement sur la neutralité du net.
    Il s’agit de savoir comment financer la phase de transition vers le day and date, que tout le monde considère comme inéluctable. Je pense que le cinéma s’en sort globalement beaucoup mieux que la musique, parce qu’elle a toujours eu cette expérience d’être sur différents marchés, avec la TV qui arrive et impacte sur la salle. Donc il faut réguler et faire changer les modèles.
    On a la chance d’avoir une industrie du cinéma numérique contrôlée par des opérateurs proches du milieu du cinéma. Quand ils ne l’étaient pas, comme Orange, ils le deviennent et créent des filiales de cinéma. Par contre, pour la musique, le secteur est complètement dépendant des FAI. Ce sont des pure players Internet ou bien les FAI qui ont créé les systèmes de musique en ligne. Alors que dans le cinéma, les FAI n’ont pas créé, sauf Orange, leur propre plateforme, ils vont voir Canal Play comme le fait Free. Donc on est sur des acteurs qui sont dérivés du secteur audiovisuel. C’est une chance que l’on a, même si l’on est en train de connaître le syndrome de la musique, avec l’arrivée des pure players d’Internet et des acteurs de la TV connectée. Il y a un vrai problème de régulation qui se pose, à partir du moment où il n’y a plus un seul opérateur responsable de la relation avec l’abonné, sur lequel pèse le paiement des droits d’auteur et de la contribution au COSIP. Qui est-ce qu’on régule ? Le fabricant de matériel ?…
    Je pense que l’on n’évitera pas une re-nationalisation de l’Internet. Je ne vois pas les gouvernements accepter de laisser tout un tas de prérogatives leur échapper. Internet reste quelque chose de très structuré à travers des nœuds nationaux. On sait géolocaliser les flux. Je suis persuadé que les États remettront la main sur la gestion de l’Internet et vont réussir à réguler un certain nombre de choses pour pouvoir garder la main. Sinon demain, tout se décidera ailleurs que dans le pays.

    - SBD : Quels sont les chantiers de la PROCIREP en terme de copie privée ?

    IVDP : On a un problème de mise en œuvre pratique. Ce qui aujourd’hui encore est stocké sur la mémoire flash d’un appareil, va être de plus en plus stocké sur Internet et donc non taxable au titre de la copie privée. Il y a clairement des cas où cela rentre dans le mécanisme de la copie privée, mais dans certains cas de figure, même si ça rentre dans le mécanisme, comment est-ce qu’on l’applique ? Et auprès de qui va-t-on percevoir une rémunération ? Comment contrôle-t-on qu’Apple nous déclare bien l’intégralité de ses serveurs qui servent à faire du stockage ?
    Il y a des problèmes de négociation classiques avec une forte propension au contentieux, notamment avec l’annulation de l’ensemble des barèmes dernièrement, qui entraîne la nécessité de les refixer d’ici la fin de l’année et d’exonérer les usages professionnels.
    Le cloud demeure un vrai problème. Comme pour la licence globale, la PROCIREP est là pour gérer une redistribution qui correspond à des pratiques. Les pratiques changent. La copie privée peut disparaître, notamment puisqu’il y a une telle offre que les gens n’enregistrent plus et se contentent de voir tout en streaming. On espère que le transfère se fera sur d’autres revenus. Si les gens n’enregistrent plus au titre de la copie privée, on espère qu’ils regarderont de la catch-up et de la VoD, pour lesquels normalement les ayants droit sont rémunérés. Le cloud pourrait probablement maintenir des pratiques de copie privée mais délocalisées sur des supports externes. Donc il y a là un problème de mise en œuvre pratique de la législation. Il serait possible de mettre en place quelque chose qui ressemble à la licence globale sur un cadre très réduit, une rémunération sur les flux. Nous y sommes un peu réticents car nous avons peur du débat sur la licence globale.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films associée à une juste rémunération des artistes ?

    IVDP : Il faut assurer une bonne exposition du programme. Il faut trouver des mécanismes d’autorégulation, y compris dans les salles de cinéma, pour éviter les phénomènes de concentration de l’offre. Il faut également donner les moyens aux films peu connus, de faire un peu de communication et d’acquérir une certaine forme de notoriété, faute de quoi ils ne seront pas vus. Tandis que la politique de la Commission européenne nous explique uniquement qu’il faudrait que les films circulent plus, soient présents partout avec des plateformes paneuropéennes, nous nous battons pour que la gestion territoriale des droits ne soit pas cassée. Celle-ci permet de donner le temps au film d’acquérir une certaine notoriété, de donner le temps au distributeur d’aller promouvoir le film pour qu’il ait le maximum de chance d’aller rencontrer son public. Ce n’est pas parce qu’un film bulgare est en ligne sur une plateforme de VoD qu’il va être vu par quelqu’un en France. Il faut un vrai travail de mise en avant de ce film, à travers des réseaux particuliers, pour que ce film soit vu. Rendre les films accessibles partout tout le temps risque au contraire de concentrer la demande sur les seuls films qui arriveront à émerger par rapport à cette concurrence énorme, à savoir les gros blockbusters. C’est ce que Pascal Nègre appelle dans la musique, le « menu de restaurant vietnamien » : vous avez un menu qui fait quinze pages, et bien vous prenez toujours la même chose ! Sur Internet, l’offre est extraordinaire, mais parce que vous croulez sous l’offre, vous allez prendre toujours les mêmes choses dont vous avez entendu parler. Et, les systèmes de recommandation mettent du temps à s’établir.
    La mise en place d’un identifiant unique des œuvres est également essentielle afin d’utiliser la force d’Internet dans la gestion des bases de données des films.

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    23
    07
    2011

    « Everyone is moving towards day and date of movie theater and home entertainment »

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    Interview of Jonas Dahllöf, CEO, SF Anytime

    29/06/11


    • Concerning the SF Anytime online film offer

    - SBD: What are the competitive advantages of the SF Anytime offer?

    JD: SF is a house owned brand name and is part of the history. Anyone who has grown up in these countries has some kind of relationship to the SF brand, by far the strongest when it comes to film. So an obvious way to answer the question is: it’s a broad service, we have a very strong brand name, we are very much related to sales so very competent, we have an incredible film supply. But to compete on the long term on a market with non-exclusive rights, I think this is a question not to be taken lightly.

    - SBD: What is your business model based on?

    JD: The key focus so far has been T-VoD (transaction video on demand). And we have a small subscription service for different TV platforms, a joint product together with our pay-TV district company. SF Anytime distributes its service over the net but also via a large number of telcos and TV plaforms in Scandinavia.
    The digital market is still at an early phase. There is growth but on a low level. Our estimate is that both IPTV and Internet represent about 3-5% maximum of home entertainment. So in the early stages of a market, it’s more about setting up basics, getting the distribution online, etc. But on the long term, the question remains on how to win the competitive advantages in a market with a very limited ability to compete (no exclusive rights). Do you compete with better tales, or better encoded films, or with price? You have to use something in your value chain that is hard to copy; Apple is a great example of that.

    - SBD: How many downloads have you had in the last years? How did the figures evolve?

    JD: I’m sitting in the board of the newly formed digital resellers organization up here and we had discussions with the film industry, about whether we would give them the volume figures in confidence so they we can jointly have an understanding of how big the market is. And we were not able to convince each other that this was a good idea; which I think is a signal that the market is rather immature. But I can say that SF Anytime has seen a good and healthy growth over the last five years and we have been able to grow with the market. I think we left the “techies” and the “nerdies” behind, and we are moving towards more mainstream consumers. But we are still in a very early phase.

    - SBD: What is SF Anytime strategy regarding connected TV and multiplatform distribution?

    JD: We are active there as well. It’s a new phenomenon. We have launched a service with LG and there are other things yet to come. I think it’s very important to see the connected TV as an extension of the Internet. Since everyone will be there will not be any competitive advantages. It’s still an other way of accessing the net. You might be able to have some exclusive deals but on the long term, it’s still an extension of the Internet.


    • Concerning illegal downloading and the legislative answer

    - SBD: Whereas lots of studies show that illegal downloading causes huge industry losses, some others tend to underline a global positive effect of illegal downloading on digital sales. What is your position on this matter?

    JD: Being part of the traditional film industry, I really have a problem seeing this as a driver force for healthy consumption. I think this is just a deception. The fundamental problem is much deeper. We have to be really careful on how we set the prices. And the only thing we know is that on the long term the price will go down.

    - SBD: What has been the legislative answer from the governments in Scandinavia, along with the EU directive from 2001? What is your evaluation of the legislative framework to protect copyright at the digital era?

    JD: Sweden is not a proud example in this area. It’s been very disappointing since politicians have been fishing in murky water. Sweden has 2 members in the European Parliament who are members of the Piracy party. We should not be bragging in this area. Along with the industry, we are lobbying a lot to get this in line. The pirates have been able to politically organize themselves and debate about privacy, surveillance, espionage, democracy, which they blended together with the idea that everything should be free on the Internet, thus creating confusion. The Piracy party in Sweden is even against the patent laws! I think it’s obvious we need to have a real firm but faire policy. We shouldn’t chase the young criminals but the system today has not been in place. If you are a believer in the market economy, you should also be a believer in strong institutions and law enforcement. And if you can’t have those basics, the future of film industry looks pretty dark.
    We have tried to implement the three strikes system but we have not been successful; the telcos have been lobbying against that.

    - SBD: What is your evaluation of the situation in Scandinavia regarding the windowing?

    JD: There is no legal foundation for windowing in Scandinavia. The system, which has evolved over time, is more based on industry practice. The theater window in Sweden is 4 months, followed by DVD and VoD. For most of the US content, the VoD is 3 months but could be up to 6 months. Then it will be on pay TV, then first pay, then free TV. The TV industry thinks it should get early releases or some kind of forced collapse of the windows. What is happening today is that the VoD market is coming day and date with the physical DVD. The trend is quite clear that everyone is moving towards day and date of movie theater and home entertainment.
    Also, for 10 years, the movie industry has been in a digitalization process. The theater owners need to make a huge investment in the digital projection to upgrade their cinemas. On the other side, most of the savings are occurring on the studios side. So there are some negotiations between the industry side and the theater owners about those investments in digital projectors. This is an important phenomenon to take into account when talking about the VoD releases within the theatrical release. Of course the theater owners are very skeptical.


    • Concerning the consumers

    - SBD: From a consumer point of view, what internal studies has SF Anytime made in order to define the needs and expectations of consumers for buying films online?

    JD: Doing market research is an important part of the business. But do we know or need to know about the consumer? The answer is no, we don’t.

    - SBD: How do you build costumer loyalty? How do you control the user interface?

    JD: It’s extremely important to be able to control the user interface. We will be launching a new interface at the end of 2011. In this early stage of the market, our focus has been on being out there, where the consumption is made. The next phase for anyone in this industry lays in better using of the digital possibilities, flexibilities, new opportunities. The market is not mature, so it’s more about being present, being OK on the basic parameters. The game will be much more challenging going forward. I don’t know if subscription can be the key for everyone.

    - SBD: What is SF Anytime position regarding the use of social media?

    JD: The new site will give us much better functionalities for using social media for example, to create good relationship with the customer base and so on.


    • To conclude

    - SBD: What will be the key factors to success for films online distribution?

    JD: It will be a combination of being good at comforting a position (competence and financial strength), understanding and dealing with distribution, being able to build costumer loyalty since there are no exclusive rights. Everyone can create the business but how do you create a business that makes money on the long term?

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    17
    07
    2011

    « L’abonnement est un des moyens de faire décoller le marché de la VoD »

    LOGO ARTE VOD copie

    Interview de Caroline Ghienne, responsable VoD, Arte France

    27/06/11


    • Concernant l’offre de films en ligne

    - SBD : Dans la multitude des offres disponibles, comment celle d’Arte VOD se distingue-t-elle ?

    CG : Notre spécificité est de ne pas proposer que du cinéma. On est un des sites les plus pluralistes en terme de genres proposés. On a plus de 2 300 programmes en ligne, avec 50 % de documentaires, 30 % de cinéma, 15 % de nos magazines récurrents et 5 % de spectacles. Dans l’offre de cinéma, nous proposons du contemporain et du classique comme beaucoup de plateformes, mais également un très beau catalogue de cinéma muet, de courts métrages pour lesquels nous sommes souvent coproducteurs, de programmes destinés à la jeunesse. Donc, nous proposons une palette assez large de films, en termes de genres, de cibles, de typologies (doublés notamment).

    - SBD : Comment considérez-vous le film de long métrage au sein de votre offre ? Comment justifiez-vous le choix éditorial de ne pas inclure de contenu gratuit ?

    CG : Nous proposons plutôt une offre d’accompagnement. Il est important pour nous de proposer du film car il s’agit du genre le plus capteur sur le marché de la VoD. Mais nous mettons beaucoup plus en avant le documentaire puisque c’est vraiment la marque Arte qui joue. Pour le cinéma, il s’agit de pouvoir retrouver en VoD l’ensemble des œuvres coproduites par Arte quatre mois après leur sortie en salles, mais aussi de pouvoir rechercher dans le cœur du catalogue Arte, le meilleur de ce qu’Arte a coproduit.

    - SBD : Des acteurs comme Netflix ou Amazon, révèlent un intérêt grandissant des consommateurs de films en ligne pour la S-VoD. Pensez-vous prochainement développer une offre par abonnement ? Quels sont selon vous les obstacles en France ?

    CG : C’est une offre que je défend très fortement puisque j’estime que l’abonnement est un des moyens de faire décoller le marché de la VoD. Les gens comprennent ce que signifie un forfait et ont de moins en moins l’habitude de payer à l’acte. Les cartes illimitées au cinéma marchent très bien. Par contre, je pense qu’il nous sera plus facile, chez Arte VOD, de proposer une offre d’abonnement sur le hors cinéma. Aujourd’hui, les producteurs sont encore frileux, pour les nouveautés en tous cas. D’abord puisque la chronologie des médias impose que le film ait plus de 36 mois et ensuite, il y a encore beaucoup de travail à faire en terme de pédagogie pour les ayants droit du cinéma. Pour eux, la valeur du film est au sein d’un catalogue et, si le film est trop exposé dans le cadre d’une offre illimité, les ventes sur les fenêtres suivantes peuvent être compromises. Par contre, dans le domaine de l’audiovisuel, les producteurs sont plus à même de comprendre l’intérêt d’une telle offre.
    En terme de répartition de la valeur, soit les éditeurs vont mettre un minimum garanti pour booster leurs services, soit on partira sur une rémunération proportionnelle à 50 % avec une sorte de proratisation. Mais, le modèle de FilmoTV pourrait se développer : les droits sont achetés flat pour une durée limitée (2 mois de droits pour 500, 10 000 euros en fonction de la notoriété du programme et de l’ayant droit).

    - SBD : L’offre de TVR d’Arte+7 a-t-elle un quelconque impact sur l’offre d’Arte VOD ?

    CG : Il n’y a pas beaucoup de films en catch-up sur Arte+7. Il y en a cependant de plus en plus. Arte VOD et Arte+7 sont des services complémentaires. Nous avons tendance à travailler de plus en plus avec ce servie, notamment sur l’articulation entre le gratuit et le payant. Soit nous mettons des programmes sur Arte VOD en même temps qu’Arte+7, en disant qu’il s’agit d’un service complémentaire à la diffusion gratuite de rattrapage pour les gens qui veulent acheter. Soit l’offre VoD arrive pour le public qui a dépassé le délai des sept jours et veut le commander en DVD ou en VoD.

    - SBD : Quel est le positionnement d’Arte VOD face aux stratégies de partenariats multiplateformes et de TV connectée ?

    CG : L’idée, comme tout le monde, est d’être disponible partout, donc à la fois chez les FAI (notre priorité aujourd’hui puisque nous ne sommes pas partout) et sur les TV connectées. Nous allons très fortement travailler sur l’articulation gratuit/payant. Ce qui va être assez compliqué dans le système de la TV connectée est que ce sera un monde assez applicatif et que du coup, la notion de marque va être très importante. Arte a une marque très forte, les programmes ont moins cette notoriété. On va profiter de la force de la marque pour proposer sur la TV connectée une application qui permette de voir le flux (Arte+7, Arte Live Web pour les spectacles vivants) et d’y associer une offre payante. On est déjà présents sur la TV connectée de Philipps. Ensuite, il y aura de la place pour les agrégateurs qui voudront proposer sous une ombrelle particulière un accès à du cinéma. Pour l’instant, c’est assez complexe en termes techniques. Les questions des DRM et du paiement demeurent les points les plus complexes à gérer, comparé à la diffusion gratuite de la TVR et au streaming.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    CG : D’un point de vue personnel, les DRM représentent des obstacles pour les honnêtes gens plutôt que pour les « pirates ». Une gestion plus souple sur les DRM serait bénéfique, afin de permettre une fluidité d’utilisation des contenus payants. La réponse répressive est légitime puisque le téléchargement illégal met en péril un pan de l’industrie qui demeure basée sur un système de reversement. Mais, à côté, il faut avoir une véritable action proactive de diffusion. Il s’agit d’essayer d’amoindrir ce piratage en améliorant l’offre : disponibilité d’un maximum d’œuvres, mise en ligne de versions sous-titrées, services interopérables et multi-écrans. Et, les gens sont prêts à payer pour un service.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la HADOPI ?

    CG : Le principe de la réponse graduée est de faire peur. Maintenant, on sait que le périmètre d’intervention n’est pas suffisamment large. Nous avons renvoyé notre demande de labellisation. Entant que service de télévision publique, il nous paraît évident de répondre à la demande de la HADOPI et de se faire référencer entant que tel. Après, on peut se demander pourquoi aller attaquer l’utilisateur final et pas les serveurs des sites pirates ? Au moins, il y a un système qui a été mis en place, qui a autant de défauts que de qualités, mais envoie un signe fort. En termes de communication, cela a pu faire prendre conscience aux gens du caractère illégal du piratage et de l’écosystème extrêmement vertueux de l’industrie cinématographique pour le financement des œuvres.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    CG : La chronologie fonctionne. Un effort a été fait pour l’avancer. Il y a toutefois une protection très forte de Canal Plus puisqu’il s’agit d’un acteur incontournable. Un assouplissement serait certes nécessaire. En effet, quand la fenêtre Canal s’ouvre, les fermetures de fenêtre en VoD sont totalement aberrantes. Par ailleurs, la chronologie est trop stricte dans le cas des œuvres qui ne sont pas exploitées. Dans le cas d’un film qui n’est pas coproduit par exemple, on ne peut pas le mettre en S-VoD. Et, si un film n’est pas diffusé sur Canal, Arte n’a pas le droit de l’acheter pour le diffuser à moins d’un mois. À partir du moment où il y a une fenêtre qui n’est pas exploitée, il faudrait pouvoir avancer toutes les autres fenêtres. Cela rendrait l’exploitation des films beaucoup plus fluide. En outre, le critère d’attribution des dérogations pour passer la sortie VoD à 3 mois après la sortie en salles est très étrange puisqu’il porte sur le nombre d’entrées de la quatrième semaine d’exploitation et non pas le nombre total d’entrées effectuées à la fin de la quatrième semaine.

    - SBD : Que pensez-vous d’un système de répartition de la valeur de type licence globale ?

    CG : Ce serait assez complexe de mettre en place un tel système. Il sera plus facile de pousser les ayants droit à accepter un principe d’abonnement, plus proche de leur expérience. Il faut leur faire comprendre que la VoD s’apparente à une gestion de salles ; il n’y a pas d’exclusivités. Tout le système de rémunération est basé sur le prix public, le prix final, la notion d’achat à l’acte. Il faut peut être aussi trouver un autre système pour les sociétés de gestion de droits d’auteur puisqu’aujourd’hui le système de répartition en VoD est extrêmement complexe : il n’y a pas d’apport, les taux sont extrêmement hauts. Sur des documentaires, on peut verser jusqu’à 8 %, avec en plus la TVA à 19,6, la TVA à 2 %. Or, il faut quand même arriver à baisser les prix pour augmenter la propension à payer du consommateur.


    • Concernant les consommateurs

    - SBD : Si on se positionne du côté des consommateurs, quelles études avaient été menées par Arte VOD pour définir les besoins et attentes des consommateurs en matière d’achat de films en ligne ?

    CG : Étant donnée notre mission de service public, nous misons plutôt sur le retour d’expérience des spectateurs, des clients de l’édition DVD, et de terrain puisque nous sommes fortement présents lors de festivals.

    - SBD : Quelle est votre analyse des tendances des consommateurs de films en ligne ?

    CG : L’attention se focalisera sur des gros acteurs. Le point négatif est que les gens ne savent pas où trouver ce qu’ils cherchent. Tout comme ils vont au MK2 près de chez eux, ils veulent pouvoir voir des films, même sans avoir fait de choix au préalable, et de façon simple via leur box, une plateforme VoD, iTunes. La simplicité est privilégiée.

    - SBD : Dans quelle mesure l’offre d’Arte VOD prend-elle en compte les nouveaux comportements issus des médias sociaux ?

    CG : Cela fait partie de l’offre d’une manière globale. Arte est très en avance sur les questions de Web production et fait de nombreuses expérimentations : Web documentaires, fictions diffusées uniquement sur Facebook, diffusion à l’antenne de hash tags pour pouvoir tweeter en direct sur des séries. Cependant, seulement certains programmes vont s’y prêter. Le lien antenne-Web est une forte préoccupation chez Arte. Sur la VoD, nous y viendrons bien sûr. Maintenant, on a une typologie de public qui est un peu plus âgée et nos programmes ne s’y prêtent pas extrêmement (comme les films grand public). Cela reste de l’ordre de l’expérimentation pour un certain type de programmes. De toutes façons, le marché risque de se concentrer sur les gros acteurs : les fournisseurs d’accès, les TV, iTunes ; YouTube, Dailymotion et Facebook qui annoncent des sorties payantes. Finalement, c’est sur ces carrefours d’audiences généralistes qu’il va y avoir du gratuit et du payant.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films ?

    CG : Il s’agit de permettre aux gens de trouver ce qu’ils cherchent et qu’ils puissent le consommer quand ils veulent sur tous les supports.

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    14
    07
    2011

    La culture du gratuit à l’ère d’Internet

    chainArticle publié le 14 juillet 2011

    sur le site Mythe imaginaire société /Systèmes culturels et esthétiques,

    Université Paris 8.

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    12
    07
    2011

    « L’attention s’est focalisée sur la licence globale, sans réfléchir à d’autres modèles alternatifs au financement de la création »

    Image 1

    Interview de Florence Gastaud, déléguée générale, ARP

    22/06/11

    • Concernant l’ARP

    - SBD : Quel est votre bilan concernant l’action de l’ARP pour le développement de l’offre légale de distribution de films en ligne en France ?

    FG : Dès le lendemain du vote de la loi Hadopi, nous avons essayé de nous concentrer sur le développement de l’offre légale, conscients que cette économie ne pouvait émerger qu’à travers la création d’un cadre dynamique.
    Nous travaillons entre autres choses sur la création d’obligations, notamment à travers le décret SMAD, il s’agit de dynamiser le secteur puisque ça oblige les plateformes VoD à investir dans la création cinématographique et à éditorialiser leurs sites. Cela leur permettrait également d’avoir des fenêtres d’exposition des œuvres plus réduites. Sur le territoire français, le décret a décliné les quotas européens et français pour les services de médias audiovisuels à la demande (SMAD). La difficulté de respect de ces quotas d’œuvres françaises par rapport aux œuvres américaines, sur la page d’accueil par exemple, nous apparaît un peu factice dans l’univers numérique.

    - SBD : Quels sont les défis qui demeurent à l’heure actuelle pour les auteurs, réalisateurs et producteurs ? Quel est votre bilan concernant le développement et l’accompagnement de nouveaux modèles de répartition de la valeur pour la distribution des films en ligne ?

    FG : Il y a tout l’aspect économique. La TVA à taux réduit est une véritable exigence que l’ARP a porté au niveau national et européen. La France (le Ministère de la Culture, plus que Bercy) est plutôt favorable à une TVA à 5,50 % des médias culturels, qui pourrait être appliquée par une politique volontariste.
    Les cinéastes prennent conscience de l’ampleur de la VoD, une économie complètement différente de celle du DVD, mais un univers proche de celui de la TV payante avec l’abonnement. Les plateformes VoD sont ainsi placées entre deux secteurs. On ne sait pas encore quelle valeur et quelle rémunération des auteurs cela va générer. L’avantage pour l’ARP est que la VoD est un secteur beaucoup plus transparent que le secteur du DVD puisqu’il y a des remontées de recettes plus visibles, au clic. Mais les tarifs sont bien plus bas, et donc des remontées de recettes bien plus basses. Reste l’enjeu de l’équipement de l’ensemble du territoire, mais les mentalités évoluent et nous pourrons avoir une véritable vision de la situation d’ici trois à quatre ans. À mon avis, la VoD ne remplacera pas intégralement l’économie du DVD.
    Nous travaillons à ce qu’il y ait une rémunération minimum. Un MG permettrait d’assurer les ayants droit contre les prix prédateurs. Une rémunération minimum est prévue, mais l’ARP regrette qu’il n’y ait pas encore de décret d’application. À l’intérieur de la formule d’abonnement, on pourrait appréhender la rémunération de chaque film qui a été consommé, puisque même à l’intérieur de l’abonnement on sait flécher quelles œuvres ont été lues. C’est beaucoup plus transparent que la recette DVD. Pour l’instant ce sont des acteurs connus et identifiés, sans successions de marges prises par des gros distributeurs de DVD. Il y a moins d’intermédiaires que dans le marché du DVD physique.

    - SBD : Pouvez-vous m’expliquer la position de l’ARP concernant les modèles de type licence globale ?

    FG : Nous pensons qu’il y a d’autres solutions. Le débat sur Hadopi s’est résumé à l’opposition des créateurs sur ce sujet. L’attention s’est focalisée sur la licence globale, sans réfléchir à d’autres modèles alternatifs au financement de la création. Le débat a donc été un peu tronqué. Aujourd’hui, même les teneurs de la licence globale reviennent sur cette idée. Le modèle de la licence globale est un système compliqué pour ce qui est d’une répartition exacte. Par ailleurs, cela fait payer ceux qui ne consomment pas. Il s’agissait d’une bonne intention mais très loin de la connaissance économique de chaque secteur (cinéma, musique et livre).
    Et, on a vu apparaître d’autres schémas, notamment à travers le débat sur la NN, qui viennent piocher quelques idées à la licence globale. Comme modèles alternatifs, il y a des réflexions autour de la bande passante. Ceux qui utilisent beaucoup la bande passante ne devraient-ils pas s’acquitter d’obligations plus élevées ? Il s’agit autant des consommateurs en bout de chaîne que des intermédiaires qui mettent à disposition du contenu. Il y a un problème de répartition entre l’équipement du réseau, les contenus culturels, les créatifs ; et également entre les différents types de contenus.


    • Concernant le téléchargement illégal et la réponse législative

    - SBD : Tandis que nombre d’études affirment que le téléchargement illégal nuit fortement à l’industrie du film, de plus en plus d’études tendent à montrer que le piratage n’affecterait que peu les ventes, voire aurait un effet positif sur la consommation légale des contenus, à mesure que l’offre légale se développe. Quel est votre point de vue sur le sujet ?

    FG : On ne peut pas autoriser le téléchargement illégal. Celui-ci a un impact, peu connu du grand public, sur la chronologie du financement. Les différentes étapes du préfinancement d’un film en amont sont essentielles. Si l’on autorise la distribution illégale, les chaînes n’auront plus intérêt à financer les films. Le téléchargement illégal n’a certes pas vidé les salles, en revanche cela a atteint les ventes à l’international. Dès qu’un contenu a connu un peu de succès, il est disponible partout sur les plateformes illégales. Donc, ces ventes à l’international, qui venaient compléter le financement, ont énormément chuté depuis ces cinq dernières années. Si les Américains veulent faire des sorties day and date, c’est qu’ils estiment que cela vient manger leurs marges sur la vente de DVD.

    - SBD : Quelle est votre évaluation des actions menées par le gouvernement pour lutter contre le téléchargement illégal, notamment à travers la Hadopi ?

    FG : En contrepartie de la Hadopi, le gouvernement s’est engagé à développer l’offre légale. Nous estimons que la deuxième partie du contrat moral que nous avons passé avec le législateur n’a pas été bien remplie. Nous n’avons pas été signataires de l’accord de 2009 sur la chronologie des medias parce que nous estimions que ce n’était pas vraiment une chronologie adéquate pour permettre aux nouveaux acteurs d’être dynamiques et existants. C’est une chronologie qui préserve énormément les acteurs historiques et nous ne remettons pas cela en question. Mais, à notre avis, il s’agissait vraiment de réinventer une place pour les nouveaux acteurs. C’était le deal de la Hadopi et ça n’a pas été fait.

    - SBD : La chronologie des médias vous semble-t-elle adaptée ?

    FG : Tandis que la protection de la fenêtre Canal Plus est acquise pour les SMAD, on peut réfléchir à ceux qui n’ont pas eu de financement de chaînes par exemple. Est-ce qu’ils sont obligés d’être gelés autant que ceux qui ont eu le financement de chaînes ? Nous sommes assez virulents sur ce sujet et essayons de faire avancer les choses.
    Parallèlement on réfléchit à des expérimentations. On se dit que cela pourrait être intéressant de voir dans quelle mesure certains films plus fragiles pourraient presque s’exonérer de cette chronologie, avec une chronologie plus adaptée, pour des films sortis en moins de dix copies par exemple. Pour moi, la dérogation de première fenêtre n’existe pas. C’est une fausse dérogation. Il s’agit plus de laisser la place à l’expérimentation pour essayer de voir comment on pourrait sortir des films avec une chronologie très proche de la sortie salles. Ces films-là bénéficient du petit marketing qu’ils ont au moment de la sortie salles pour rebondir sur la sortie DVD. Par ailleurs, ces films n’ont pas forcément de diffusion en salles sur tout le territoire français. Or, il y a quand même une résonnance de la sortie salles, donc la province pourrait avoir accès à des films qu’ils n’ont pas pu voir sur leurs écrans de cinéma. Cela permettrait également de réguler à plus ou moins long terme la sortie de ces films au cinéma, l’utilité de leur sortie en salles, tout du moins pour les 80 à 100 sorties par an qui sont dans cette économie.
    Concrètement, nous ne pouvons pas dénoncer l’accord sur la chronologie des médias puisque nous ne sommes pas signataires. Aujourd’hui, les différents signataires bougent pas mal. Je pense qu’il peut y avoir une renégociation l’année prochaine. Mais cela peut arriver à tout moment, à partir du moment où quelques syndicats ou représentants dénonceraient l’accord. Celui-ci ne peut pas être étendu par le Ministre à toute la branche puisqu’il faut qu’il y ait une représentativté des acteurs.
    Nous avons également beaucoup d’espoir concernant l’Europe, notamment la politique du plan MEDIA qui peut être le moteur d’une réflexion pour subventionner des expérimentations novatrices sur le territoire européen.


    • Pour conclure

    - SBD : Quels seront selon vous les facteurs clé de succès pour la distribution numérique des films associée à une juste rémunération des artistes ?

    FG : En premier lieu, une bonne éditorialisation. Dans l’ère du tout disponible, il faut quand même cadrer les choses pour créer une bonne ergonomie pour le spectateur. Dans ce sens, le décret SMAD est plutôt une aide pour les œuvres françaises et européennes.
    Ensuite, un bon fléchage des films en fonction des inclinations vers les réseaux sociaux. Le nouvel univers numérique permet de cibler un peu plus les publiques. Il s’agit de créer du buzz autour du film autour de ces communautés. Nous soutenons les initiatives de type Mubi, Festival Scope, MySkreen (pertinent puisqu’il allie le monde linéaire et non linéaire).
    L’arrivée de la TV connectée devrait fusionner les deux mondes, linéaire et délinéarisé. Si c’est bien fait, ce sera une très bonne opportunité pour exposer des œuvres en ligne. L’ARP passe des accords en ce sens avec les éditeurs.

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