Pour ceux à qui cela aurait échappé, les déclarations de Luc Besson du week end dernier ont déclenché une tempête médiatique sur Internet autour du droit d’auteur, du visionnage en streaming de films et du piratage ; par extension autour du projet de loi Création et Internet qui sera débatu le 4 mars prochain à l’Asssemblée.
Besson accuse Google, Free, PriceMinister de “complicité objective” dans l’économie du piratage sur Internet, par le simple fait que ceux-ci ont des espaces publicitaires qui se retrouvent malencontreusement sur des sites de streaming, sites qui diffusent des films sans l’autorisation des ayants droit et arrivent à amortir les frais d’hébergement du serveur grâce aux publicités en ligne. Le site canadien beeMotion a été mis en cause, qui propose “des centaines de films qui, parfois, viennent tout juste de sortir en salles”. Hébergé par Free en France, le site a depuis était contraint à la fermeture.
Sur ce, voici Frédéric Lefebvre, le grand spécialiste de “l’Internet d’aujourd’hui”, dont j’avais déjà relaté l’expertise de sa grande incompétence, qui ne peut s’empêcher de réagir. Dans un courrier, très judicieusement relayé à plusieurs journalistes, adressé au président de l’Assemblée, celui-ci explique vouloir créer “une commission d’enquête parlementaire pour traiter d’un problème qui met en cause l’exception culturelle française”.
En réponse à la tribune de Luc Besson dans Le Monde et à l’interview de Frédéric Lefebvre pour 20 minutes (on a les médias qu’on mérite…), l’avocat blogueur maître Eolas a publié cette semaine deux excellents papiers dans lesquels il montre point par point, à travers un argumentaire juridique ou du simple bon sens, les “bêtises” et autres “propos simplement atterrants” des deux susnommés. Je vous les conseille, c’est vraiment très très bon et instructif !
Réponse à Luc Besson
Réponse à Frédéric Lefebvre
Vu le succès de ces deux articles qui, selon leur auteur, révèle “un véritable intérêt pour le droit de la propriété littéraire et artistique”, Eolas a eu la très bonne idée de publier un article pédagogique : Les droits d’auteur pour les nuls. Avec un ton didactique, des exemples très clairs et quelques commentaires bien sentis, il rappelle donc les bases du droit d’auteur en France.
Pour conclure cet épique débat, qui finira (mal j’en ai bien peur) à l’Assemblé très prochainement, je souhaite citer Eolas qui s’interroge très justement, en réponse à la déclaration de Besson :
“Pourquoi en tant que consommateur n’ai-je toujours pas accès à des téléchargements légaux dans des formats compatibles avec tous les logiciels et systèmes d’exploitation des ces films protégées par la loi ? Pourquoi le seul moyen légal que j’ai d’emmener mon film préféré (Taxi 4) sur mon ordinateur est d’acheter le DVD et de le “ripper” sur mon disque dur, et encore uniquement au titre de l’exception privée, et si une mesure technique de protection ne m’en empêche pas ? Pourquoi l’offre ne s’adapte-t-elle pas à la demande et à la technique ? Le DVD est une technologie vieille de 14 ans, l’époque des modems 56k. Le piratage, cher Luc, ce sont surtout des millions de particuliers qui occupent un terrain déserté par l’offre légale.”